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Une semaine après la prise de contrôle du détroit de Bab-El-Mandeb par les Houthis, le conflit au Yémen continue de s’intensifier avec des conséquences potentiellement stratégiques pour l’économie mondiale.
La guerre dans la profondeur :
L’escalade actuelle de la guerre au Yémen est d’abord due à une reprise des frappes entre l’Arabie saoudite et les Houthis. Depuis la mi-juillet et le bombardement de l’aéroport de Sanaa par l’Arabie saoudite, Houthis et Saoudiens sont engagés dans un échange de missiles et de bombardements.

Les principales cibles visées par les Houthis sont énergétiques : dépôts d’hydrocarbures, raffineries… avec pour objectif d’accroître la pression économique sur l’Arabie saoudite. Cette logique a connu une illustration flagrante en début de semaine avec la destruction de plusieurs pompes du pipeline qui permet à l’Arabie saoudite de contourner le détroit d’Ormuz.
Quant à elle, l’Arabie saoudite vise principalement des cibles militaires et, selon les Houthis, elle effectue plusieurs dizaines de bombardements par jour. Les forces gouvernementales yéménites conduisent également des frappes plus en profondeur grâce à des drones à ailes delta.
Au sol, les combats entre la milice houthie et les forces gouvernementales se concentrent principalement sur deux fronts : le front de Maarib, à l’est de Sanaa, et le front de Taizz, au sud-ouest sur territoire houthi.
Le Front de Taizz :
Depuis la reprise du conflit, le front de Taizz est celui qui a connu les changements les plus importants, en particulier avec la prise de contrôle du détroit de Bab-El-Mandeb le 11 septembre dernier. La deuxième plus grande ville du Yémen, Taizz, est assiégée par les Houthis depuis plus de 10 ans.

Les récents progrès houthis le long de la côte leur ont permis de contourner les positions des milices pro-gouvernementales et de menacer directement les axes routiers au sud de la ville. L’avancée des Houthis a toutefois été stabilisée au district d’Al-Waziyah.
Plus au sud, les Houthis renforceraient leurs positions en construisant plusieurs lignes défensives. Ces potentielles fortifications permettraient aux Houthis de plus facilement asseoir leur contrôle sur le détroit de Bab-El-Mandeb, levier stratégique dans leur combat contre les États-Unis et Israël.
Actuellement, le territoire contrôlé par les Houthis leur donne un pouvoir significatif de nuisance contre la logistique des milices pro-gouvernementales. Celles-ci bénéficient toutefois du relief montagneux et de moyens conséquents d’observation et de harcèlement des positions houthies grâce aux drones.
Le Front de Maarib :
Le second front où les affrontements sont les plus importants est celui de Maarib. On peut diviser ce front en deux parties : la vallée au nord de la ville, composée de nombreuses fortifications, et les reliefs montagneux au sud-ouest.

La vallée au nord est composée d’un dédale de lignes fortifiées datant d’avant la trêve de 2022. Ces lignes fortifiées sont constituées autour des quelques reliefs qui composent la vallée et les relient les uns aux autres. Il s’agit dans la plupart des cas de talus de sable de quelques mètres de haut, parfois accompagnés de tranchées et clairsemés d’avant-postes.
Le front nord de Maarib étant particulièrement découvert, les assauts qui y ont lieu sont mécanisés. Ici aussi, les Houthis ont consolidé leurs positions et ont réussi à progresser en plusieurs endroits.
Toutefois, les forces pro-gouvernementales bénéficient de l’appui de l’aviation saoudienne. C’est d’ailleurs sur ce front qu’un F-15SA saoudien a été abattu le 15 septembre. On a également pu observer des Eurofighter Typhoon opérer des missions d’appui-feu.
Le pire reste-t-il à venir?
En somme, la progression houthie a été ralentie mais Ansar Allah conserve une certaine marge d’initiative malgré la pression subie par les bombardements. La milice chiite a acquis un pouvoir de nuisance considérable que ce soit au niveau opératif ou stratégique et a réussi à mettre en échec plusieurs contre-offensives des forces gouvernementales.
Pour l’instant, les Houthis n’ont pas cherché à fermer le détroit de Bab-El-Mandeb par un ciblage systématique des navires qui y circulent. La Chine aurait notamment fait pression sur l’Iran pour freiner les Houthis.
Côté saoudien, Mohammed Ben Salman espère pouvoir compter sur l’appui militaire direct des États-Unis qui se contentent jusqu’à présent de fournir une aide en matière de renseignement. Trump est hésitant à relancer les hostilités au Moyen-Orient, d’autant plus que la question iranienne est loin d’être résolue. La menace que constituent les Houthis pour les intérêts américains dans la région n’est pas assez aiguë pour justifier une nouvelle campagne militaire.
Le Pentagone a dévoilé la semaine dernière que la Guerre en Iran, en plus de n’être parvenue à remplir aucun de ses objectifs initiaux, a coûté près de 45.1 milliards de dollars aux contribuables américains, soit l’équivalent des trois quarts du budget militaire français pour 2026. À cela s’ajoute enfin le contexte électoral américain des midterms, que Trump sait décisif pour la suite de son mandat. Selon le dernier sondage en date, seulement 31% des Américains approuvaient les attaques américaines sur l’Iran. Il lui est donc difficile d’engager à nouveau des forces au Moyen-Orient sans risquer de fragiliser encore plus son camp en vue des élections de novembre.
Côté européen, cette nouvelle escalade accentue considérablement la pression. Le détroit de Bab-El-Mandeb est essentiel au commerce européen, notamment pour ses importations d'hydrocarbures. Cette tension renouvelée s’ajoute au contexte économique difficile de la Guerre en Ukraine pour les Européens qui s'efforcent de se passer des hydrocarbures russes.
Face à l'acuité de la menace posée par les Houthis, l’Italie a annoncé la planification d’une mission pour escorter ses propres navires marchands dans le détroit, et ceci en plus de la mission ASPIDES de l’UE et à laquelle la France participe déjà et qui est déployée en Mer Rouge. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l’UE, a de nouveau incité les États européens à renforcer les moyens alloués à la mission ASPIDES, montrant ainsi que la menace est prise au sérieux. C’est la capacité des États membres à réagir rapidement et avec un volume adéquat qui déterminera l’impact des conséquences de cette nouvelle escalade pour l’UE.
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