Les Européens doivent agir.

Article publié le Jan 14, 2026
Matthieu Gerbault
Quatrième année - ERIG à Sciences Po Strasbourg
Pour citer ce baragouin :
Matthieu Gerbault, "Les Européens doivent agir.", BARA think tank, publié le Jan 14, 2026, [https://bara-think-tank.com/baragouin/les-europeens-doivent-agir]

Les menaces proférées par le président Donald Trump et son administration envers un allié et un membre fondateur de l’OTAN laissent Bruxelles sans voix. Malgré les avertissements annonçant que l’invasion du Groenland signerait  de facto la fin de l’Alliance, le ton du 47ème président ne faiblit pas. C’est pourquoi l’Europe doit agir, et vite, en tirant parti de la situation politique actuelle.

Après l’action éclair des Etats-Unis au Vénézuéla, deux régions attirent désormais l’attention en ce début d’année : le Groenland et l’Iran. Le Groenland d’abord, car il est cité par les Etats-Unis comme une « composante nécessaire de [leur] sécurité nationale ». L’Iran ensuite car les manifestations et la répression qui s’ensuit menaçent un régime totalitaire de plusieurs décennies, le tout encouragé par les Etats-Unis. Le problème est que la menace d’un allié européen membre de l’OTAN signerait la fin de celle-ci, restructurant ainsi l’ensemble de l’architecture de sécurité en Europe. Les Américains sont en effet convaincus que les Européens ne bougeront pas, même dans le cas d’une opération militaire. Il est donc impératif que les Européens, au lieu de se limiter à des déclarations sans portée, saisissent de ce moment unique pour concrétiser leur volonté de faire de l’Europe une puissance géopolitique à part entière.

L’Union a déjà échoué à faire entendre sa voix en décembre dernier, lorsque les Vingt-Sept n’ont pas réussi à s’accorder à propos des avoirs russes gelés en Belgique. Ces avoirs, représentant quelque 210 milliards d’euros, auraient pu illustrer une volonté politique forte pour soutenir un allié en perte de vitesse, même s’ils impliquent une prise de risque. Au lieu de cela, la Commission dévoile aujourd’hui même les modalités d’un nouveau prêt de 90 milliards d’euros, qui permettra à l’Ukraine de continuer de se défendre. Une question clé persiste : la Commission autorise-t-elle l’Ukraine, à l’aide de l’argent du contribuable européen (qui paiera 3 milliards d’euros d’intérêts par an à partir de 2028), à acheter des armes américaines, alors même que les Etats-Unis menacent d’envahir un territoire de l’Union ?

Nous sommes aujourd’hui à un moment de croisement des relations euro-américaines. C’est pourquoi les Européens doivent d’abord protéger leurs intérêts avant de penser à ceux des Américains. L’urgence est de continuer à soutenir l’Ukraine dans son combat contre l’agresseur russe tout en défendant coûte que coûte le Groenland. Il faut donc utiliser le contexte géopolitique à notre avantage.

Les événements dramatiques qui se déroulent actuellement en Iran mettent les Etats-Unis sous pression. Trump a déclaré que l’Iran « paiera un prix lourd » et que « de l’aide était en chemin ». Seulement ses options sont limitées : le porte-avions américain habituellement mobilisé au Moyen-Orient, l’USS Gerald Ford, a été redéployé cet hiver dans les Caraïbes pour soutenir l’opération en Vénézuéla, ce qui laisse les Américains dépourvus de groupe aéronaval dans la région. 

C’est ici que les puissances stratégiques de l'Union doivent abattre leurs cartes : la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne doivent jouer la carte du soutien stratégique aux Etats-Unis dans le cas d’une intervention américaine en Iran en échange d’une désescalade des prétentions américaines au Groenland. L’objectif est d’atténuer la pression sur Groenland tout en démontrant à l’allié Américain que la coopération reste possible sur certains enjeux de sécurité. Ainsi, les relations euro-atlantiques sont sauvées, et les intérêts européens préservés.

Les Américains sont extrêmement sérieux lorsqu’ils évoquent la conquête du Groenland, comme l’illustre le Greenland Annexation and Statehood Act déposée le 12 janvier 2026. Leur opération éclair au Vénézuéla avait pour partie l’objectif de donner de la crédibilité à la parole du président Trump, trop souvent ignorée ou moquée car trop véhémente envers ses alliés. Il faut désormais que les Européens non seulement prennent chaque mot de Donald Trump au sérieux, mais qu’ils donnent de la consistance aux déclarations affirmant que l’Europe est une puissance géopolitique crédible. Pour la première fois de son histoire, l’Europe est menacée sur deux fronts. L’Union européenne doit donc, plus que jamais, prendre en main son destin, au risque de devenir un simple commentateur de second plan.

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