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La fin du mariage entre Séoul et Washington ? La réduction des exercices militaires conjoints pour séduire l'amant nord-coréen

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Article publié le Sep 10, 2026

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Amaya PLA DIAZ
Troisième Année à Sciences Po Lyon
Pour citer ce baragouin :
Amaya PLA DIAZ, "La fin du mariage entre Séoul et Washington ? La réduction des exercices militaires conjoints pour séduire l'amant nord-coréen", BARA think tank, publié le Sep 10, 2026, [https://bara-think-tank.com/baragouin/la-fin-du-mariage-entre-seoul-et-washington-la-reduction-des-exercices-militaires-conjoints-pour-seduire-lamant-nord-coreen]

Le rapprochement des Etats-Unis avec la Corée du Nord s'intensifie depuis le premier mandat de Donald Trump. Leur relation a pris un nouveau tournant avec l'appel du président américain, le dimanche 16 août 2026, à réduire les entraînements militaires américains joints avec l'armée sud-coréenne.

Une fissure dans la relation de confiance entre Washington et Séoul

Les forces américaines en Corée du Sud (USFK) sont présentes sur le territoire coréen depuis 1954. C'est l’un des déploiements à l'étranger de l'armée américaine les plus importants avec plus de 25 000 militaires présents. A titre d'exemple, la garnison du camp Humphreys à Pyeongtaek, au sud de Séoul, est la base militaire américaine à l'étranger la plus importante en surface. Ainsi, depuis la guerre de Corée, face à la menace du voisin du Nord, la Corée du Sud est sous la protection de son allié américain. Le Traité de défense mutuelle signé en 1953 est la fondation des relations militaires entre les deux pays. Cette alliance militaire et diplomatique est décrite comme « forgée dans le sang » (혈맹관계, hyeolmaenggwangye), ce qui démontre la solidité des liens unissant les deux pays. Elle avait, à son origine, trois fonctions : permettre la création d'un réseau d'alliances et d'installations militaires avec pour objectif l'encerclement de la menace soviétique dans le Pacifique, dissuader une seconde attaque nord-coréenne par la présence de forces américaines, et assurer aux Etats-Unis un certain contrôle sur le pays.

Maintenant, sa fonction première reste avant tout la dissuasion vis-à-vis de la menace nord-coréenne. 

Cependant, depuis le premier mandat de Donald Trump, la relation de confiance entre Séoul et Washington s'effrite. Déjà en 2018, le président américain avait appelé à revoir leur accord de libre-échange (KORUS FTA) datant de 2012. Celui-ci avait été qualifié de « mauvais deal » qui n'aurait jamais dû être conclu. Ces prises de parole critiques à l'égard du traité laissaient entendre que les Etats-Unis envisagent de s'en retirer, ce qui a contraint ses homologues sud-coréens à le renégocier pour le maintenir à flot. L'accord visait notamment le commerce automobile en réduisant les normes coréennes qui faisaient obstacle à l'exportation de voitures américaines. Avec l'amendement de 2019, le quota d'exemption aux normes coréennes pour les pick-ups américains est doublé, passant de 25 000 par an à 50 000, tandis que la taxe sur les pick-ups coréens est prolongée jusqu'en 2041, empêchant leur exportation massive aux Etats-Unis. Évidemment c'est un accord de libre-échange dans sa version finale qui paraît inégalitaire sur de nombreux points, notamment car il dote les Etats-Unis de garde-fous exclusifs tels que la clause de rétablissement automatique (snapback provision) , qui leur permet de suspendre le traité indépendamment. 

Cette asymétrie commerciale est à analyser dans un contexte géopolitique de dépendance de Séoul à Washington. La Corée du Sud est une puissance moyenne qui se trouve géographiquement et idéologiquement au milieu des sphères d'influence américaine et chinoise. Son voisin posant une menace latente, la protection américaine rassure Séoul. La présidence de Kim Dae-Jung, dans les années 1990, caractérise l'aspect balancier des relations régionales sud-coréennes. C'est la doctrine de « sécurité avec les Etats-Unis, économie avec la Chine » (안미 경중, amni-gyeongjung), qui vise à tirer profit des deux grandes puissances. Cependant, avec la présidence de Yoon Suk-Yeol, de 2022 à 2025, cette doctrine évolue avec la politique pro-américaine du gouvernement de Yoon. La phrase « sécurité avec les Etats-Unis, économie avec les Etats-Unis » émerge. 

La Corée du Sud s'enfonce dans sa dépendance à son allié américain qui reste son seul rempart militaire face à son voisin du Nord qui se munit de l'arme nucléaire. Elle devient d'autant plus dépendante sur le plan économique. 

En avril 2025, Donald Trump impose des tarifs à grande échelle avec sa politique du Liberation Day. Tous les pays sont touchés dont la Corée du Sud qui se voit imposer un droit de douane  de 25% sur ses voitures exportées aux Etats-Unis. Ces droits de douane  sont contraires à l'accord de libre échange de 2012 mais Washington invoque la section 232 pour justifier la taxe par raison de sécurité nationale. De ce fait, bien que réduite à 15% au terme de négociations en novembre 2025, cette taxe expose les constructeurs automobiles sud-coréens à la concurrence domestique et japonaise pour s'implanter surle marché américain. 

Et le terrain de la « sécurité avec les Etats-Unis » n'en est pas en reste. L'allié militaire que les Etats-Unis représente depuis la fin de la Guerre de Corée laisse perplexe de nombreux officiels sud-coréens qui s'inquiètent de l'érosion de la relation de confiance entre les deux pays.

Une « très bonne relation » sans accroc entre Trump et Kim?

Au-delà des désaccords économiques, ce sont surtout les rapprochements francs entre Kim Jong Un et Donald Trump qui inquiètent Séoul. Il faut mettre en contexte que le président américain n'a pas toujours eu la relation la plus fusionnelle avec son homologue nord-coréen. Au début de son premier mandat, Trump avait qualifié Kim de fou et s'opposait fermement au moindre dialogue avec le dirigeant. Alors, il tendait à penser que la Corée du Nord resterait seule dans son coin, épaulée seulement par ses alliés russes et chinois.

Cependant, à l'occasion d'un sommet, les deux chefs d'Etats se sont rencontrés à Singapour en 2018. A la suite de cette rencontre, les deux homologues ont signé une déclaration conjointe intitulée: « Déclaration commune du Président Donald J. Trump des États-Unis d'Amérique et le Dirigeant Kim Jong Un de la République populaire démocratique de Corée au Sommet de Singapour » avec laquelle ils s'engagent à établir de nouvelles relations et à travailler à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. L'objectif de dénucléarisation avait déjà été affirmé par Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-In lors de leur rencontre au village de la paix de  Panmunjeom à la frontière. Il était alors question de dénucléariser autant la Corée du Nord avec son programme nucléaire, que celle du Sud qui bénéficie de la protection nucléaire américaine. Mais ici, Trump fait un pasde plus en avant que Kim semble suivre.

Donald Trump s'est depuis toujours vanté de sa bonne relation avec le dirigeant nord-coréen. Potentiellement avec une certaine volonté, poussée par son égo, de se dire le seul dirigeant à avoir jamais été aussi proche du dirigeant du pays le plus replié au monde. Néanmoins, il présente leur relation comme une histoire d’amour malgré plus de 70 ans d'hostilités entre les deux pays. Dans son livre Rage, publié en 2020, le journaliste états-unien Bob Woodward dévoile une série de 25 lettres échangées entre les deux dirigeants dans lesquelles ils s'inondent de compliments. Kim Jong Un revient sur leur rencontre de 2018 avec des mots très grandiloquents, appelant même Trump Votre Excellence.

« Même maintenant, je ne peux oublier ce moment d'Histoire lorsque j’ai fermement tenu la main de votre Excellence dans ce lieu magnifique et sacré. »
— Kim Jong Un, dans une lettre adressée à Donald Trump en décembre 2018

Maintenant, le président américain répète à qui veut bien l'entendre que les deux sont « tombés amoureux » en s'échangeant de belles lettres suite à leur rencontre à Singapour. En 2024, il souligne que le dictateur nord-coréen « lui manque » et qu'il souhaiterait le rencontrer de nouveau, bien que ce souhait semble être tombé court.

Il faut souligner que la Corée du Nord de 2026 n'est pas la Corée du Nord de 2018. Le pacte de partenariat stratégique entre la Russie et la Corée du Nord en juin 2024 a permis à Pyongyang de développer les capacités militaires de son armée. Comme de nombreux officiels sud-coréens et américains ont cherché à avertir Trump, en participant à la guerre en Ukraine auprès des troupes russes, l'armée nord-coréenne étend son expérience sur le terrain, notamment dans l'usage de drones.

La Corée du Nord n'a pas autant besoin d'un allié en Donald Trump que cela était le cas en 2018. Dans de potentielles négociations, le rapport de force n'est plus le même et Kim Jong Un ne se laissera pas forcer à signer un accord de dénucléarisation comme cela semble être l'objectif de Trump.

L'arrêt des exercices joints: des manœuvres « hostiles » contre un État « loin d'être menaçant »?

Mais la relation entre les deux dirigeants reste forte, comme le précise la sœur du dirigeant nord-coréen. C'est entre ces liens très forts entre Pyongyang et Washington que Séoul se retrouve prise en étau et assiste au rapprochement de son plus grand allié avec son ennemi historique. Le dimanche 16 août 2026, Donald Trump annonce qu'il souhaite réduire les entraînements militaires joints entre l'armée sud-coréenne et l'armée américaine. Son annonce a surpris les officiels tant américains que sud-coréens par son imprévisibilité. Beaucoup estiment que cette décision a été prise en réponse à des tirs de missiles balistiques par la Corée du Nord qui avaient été interprétés comme une protestation contre les exercices joints de l'USFK. 

Donald Trump a accompagné sa décision d'une mise en avant de sa « très bonne relation » avec Kim Jong Un et en rendant divisifs les exercices militaires qu'il qualifie « d'hostiles » en comparaison à un pays qui a été « non-menaçant et respectueux »

« Based on my very good relationship with Kim Jong Un, of North Korea, I am not happy with the fact that the United States has, long ago, agreed to participate in Joint Military Exercises with South Korea. These exercises are not only costly, with much of these costs paid for by the United States of America (as usual!), but send a signal that is totally inappropriate and hostile, to a Country that, as long as Donald J. Trump has been President, has been unthreatening and respectful »

— Donald Trump, dans un post sur Truth Social, le 16 août 2026 

Qualifier un régime qui n'a cessé d'étendre son arsenal nucléaire et d'effectuer des tests de lancements de missiles de « non-menaçant » a laissé les pays de la région sans voix, dont notamment la Corée du Sud, directement concernée. En réponse, le président sud-coréen Lee Jae-Myung, bien que soulignant que conserver la paix sur la péninsule restait la priorité, a annoncé que la Corée du Sud devait se préparer au  « pire scénario » et se concentrer sur la poursuite de son indépendance militaire.

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump suspend des exercices militaires majeurs dans l'objectif de ne pas entraver ses rapprochements avec Kim Jong Un. Déjà en 2018, l'exercice Ulchi Freedom Guardian avait été annulé dans le contexte des rencontres entre les deux dirigeants. Cette situation précise l'érosion de la relation de confiance entre Séoul et Washington et à l'imprévisibilité de la présidence américaine. Le refus du président Lee de participer à la guerre en Iran aux côtés des Etats-Unis est un point de discorde pour le président américain. Il le précise dans son annonce du 16 août 2026, le surlignant avec un ton presque sarcastique, comme pour justifier sa décision.

« I called him, I said, would you like to give us a little hand? We don't need help with Iran. But if you would like, give us a hand with Iran. He said, no thanks. And I said, wait a minute. We have 39,000 soldiers over there guarding you from Kim Jong-un, your next-door neighbor. And you're not going to help us on a very easy military operation in Iran? That's strange. No, no, we'd rather not get involved. I see. Well, why are we involved in helping you? »

— Donald Trump, lors d'une conférence de presse le 17 août 2026

Que signifie cette décision pour l'avenir des relations Séoul-Washington?

Concrètement, seul l'avenir pourra nous dire comment l'alliance Séoul-Washington sera impactée au long terme par cette décision d'arrêter les exercices militaires joints entre les deux. L'imprévisibilité des décisions géopolitiques de Donald Trump rend difficile de chercher à anticiper l'évolution du mariage entre la Corée du Sud et les Etats-Unis. 

La seule donnée qui peut permettre de tirer une conclusion est la chute de la popularité de Washington auprès de la population coréenne, qui semble se confirmer de plus en plus.  Une enquête du Pew Research Center, entre mars 2026 et avril 2026, donc bien avant la décision du 16 août 2026, démontre que pour la première fois en plus de 20 ans, la population coréenne est majoritairement défavorable aux Etats-Unis, avec 55% en 2026 contre 39% en 2025. Seulement 57% considèrent les Etats-Unis comme un partenaire de confiance contre 83% en 2022. 

Malgré ces pourcentages très élevés qui soulignent la chute de confiance des Sud-Coréens en leur allié américain, 84% de la population sud-coréenne soutient que les Etats-Unis restent, malgré tout, le plus grand allié de leur pays. En même temps, l'autre choix serait d'intensifier le rapprochement avec la Chine que la Corée du Sud cherche à éviter. Elle sait pertinemment que la Chine traiterait cette relation comme un retour à la relation de vassalité historique entre les deux pays. Les sud-coréens, situés en plein centre des sphères d'influences sino-américaines, préfèrent toujours l'allié américain bien qu'imprévisible et de moins en moins fiable, à une suzeraineté chinoise.

Ainsi, les relations entre Séoul et Washington semblent ressembler à un fil qui s'effiloche à mesure que Washington tente de se rapprocher de Pyongyang. Les demandes de rencontre avec le dirigeant nord-coréen restées lettre morte sont rassurantes pour un pays qui voit son plus grand allié flirter avec son plus grand ennemi, qui semble plus fort que jamais. 

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