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« Je ne sais pas vous, mais en tant que contribuable américain, je ne veux pas que mon argent finance ces conneries ». Madame Karoline Leavitt, Porte-parole de la Maison Blanche à propos de l'USAID

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche est synonyme d’un protectionnisme qui réussit l’exploit d’être plus exacerbé que celui mis en place lors de son premier mandat. Il s’illustre notamment via le séisme provoqué par l’administration Trump lors de l’annonce de la révision en profondeur des programmes mis en place par l’USAID. Il s’agit d’un séisme car l’U.S. Agency for International Development (USAID), créée en 1961, est de loin le premier contributeur humanitaire au monde, finançant des projets dans plus de 170 pays. Le président américain avait annoncé le jour de son investiture vouloir suspendre pour trois mois les actions de l’agence. Deux mois auront suffi pour que cette suspension devienne un démantèlement complet. En mars 2025, Marco Rubio, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de la Maison Blanche est sans équivoque : les 5 200 contrats annulés ont « coûté des dizaines de milliards de dollars » aux Etats-Unis et souvent « nui à leurs intérêts fondamentaux ». Les mille projets sauvegardés, placés sous le contrôle du Department of State, sont ceux qui s’accordent, ou promettent de s’accorder au mieux avec la ligne directrice proclamée à l’envi par l’administration Trump : America First.
Le développement international était auparavant pour le Etats-Unis une composante essentielle de son soft power. On le considérait comme un investissement pour la stabilité, la prévention des conflits, et surtout la création d’alliances durables. L’administration américaine semble désormais poursuivre une logique qui s’autoproclame rationnelle, transactionnelle et nationaliste. Ce protectionnisme agressif ne se manifeste pas seulement par la fin de l’USAID. Les USA se sont ainsi retirés de 66 organisations internationales accusées de « saper l'indépendance américaine, de gaspiller l'argent des contribuables et de faire progresser des programmes mondialistes au détriment des priorités américaines », affirme la Maison Blanche.
La politique étrangère de la Maison Blanche en matière de développement international ne se borne pas à la réduction du budget national. L’administration Trump cherche à redéfinir les priorités de l’ONU en matière d'aide humanitaire. Les Etats-Unis s’appuient sur un argument de taille : ils sont, de loin, les principaux contributeurs au budget des Nations Unies. Ainsi, pratiquement un an après la signature du décret présidentiel condamnant l’USAID, est signé le 29 décembre dernier à Genève un mémorandum entre la diplomatie américaine et le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU. Il s’agit du secrétariat des Nations Unies en charge des interventions humanitaires d’urgence dans le monde. Ce bureau fonctionne avec un budget d’une trentaine de milliards de dollars par an, dont les Etats-Unis en sont les pourvoyeurs à hauteur de 40 % (14 milliards versés en 2024). Pour 2026, les USA annoncent un versement rapporté à 2 milliards de dollars. Dans un communiqué, le département d’Etat américain se félicite se félicitent de « mettre fin à la toile d’araignée enchevêtrée des missions humanitaires de Nations Unies, qui souffrait depuis longtemps d’une dérive idéologique, d’une duplication exaspérante, d’inefficacités bureaucratiques et d’une mauvaise coordination. »
Cette coupure brutale de 83% des programmes de développement américains met à mal des milliers de programmes humanitaires. Les 42,8 milliards de budget de l’USAID représentaient en effet 42% de l’aide humanitaire dans le monde. Amnesty International, l’une des ONG les plus influentes au monde, affirme que ces coupes sont synonymes de l’arrêt de milliers de programmes humanitaires. L’ONG assure que si l’aide américaine n’est pas rétablie dans les 4 ans à venir, ce sont 6,3 millions de personnes qui risquent de mourir. Selon un rapport interne à l’USAID, l’interruption définitive de certains programmes pourrait entraîner jusqu’à 18 millions de cas supplémentaires de paludisme par an, ainsi que 166 000 décès supplémentaires liés à la maladie. Le même rapport évoque également 200 000 cas supplémentaires de polio paralytique par an, ainsi que 28 000 nouveaux cas de maladies infectieuses, telles qu’Ebola chaque année.
Ainsi, loin de n’être qu’une énième coupure budgétaire, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche consacre une rupture profonde dans la conception américaine du leadership mondial. En sacrifiant le soft power humanitaire au profit d’une logique purement nationale et transactionnelle, les Etats-Unis redéfinissent non seulement leurs priorités, mais mettent en péril l’équilibre même du développement international. Reste à savoir si ce retrait des plus assumés laissera place à de nouveaux acteurs, telle que l’Union européenne, capable, sinon désireux d’assumer le vide stratégique et humanitaire créé.
Agence France-Presse (AFP). “Aide internationale : l’administration Trump supprime 83 % des programmes de l’agence USAID.” L’Orient-Le Jour, 10 mars 2025.
Le Parisien (avec AFP). “États-Unis : la justice confirme le droit de l’administration Trump à tailler drastiquement dans l’aide internationale.” Le Parisien, 14 août 2025.
Le Monde (Bertrand M. ou rédaction). “L’aide au développement, nouveau terrain de chasse de l’extrême droite.” Le Monde, 28 mars 2025.
Farber, Reya, Joseph Harris, Renu Singh & Susan E. Bell. “Reimagine Aid, Don’t Destroy It.” Studies in Comparative International Development, vol. 60, 465–477, 2025.
Klingebiel, Stephan & Sumner, Andy (eds.). Development and Development Policy in the Trump Era. German Institute of Development and Sustainability (IDOS), Discussion Paper 23/2025, Bonn, 2025
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