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Fin 2025, Washington revendique 85% de trafic maritime “éliminé” et promet des opérations contre des trafiquants “vénézuéliens”, tout en massant porte‑avions, B‑52 et soldats aux portes de Caracas.

Trump affirme avoir réduit de 85% les flux de drogue par mer en quelques mois, évoque des “tonnes de fentanyl” détruites et “trois embarcations neutralisées”, mais aucun rapport public ne détaille 85% de quoi, sur quelle base ou avec quels contrôles indépendants.
Ce chiffre parfaitement rond agit comme un sortilège statistique : il donne l’impression d’une victoire presque totale alors même que les experts rappellent que la production de cocaïne a explosé dans la région, transformant un succès proclamé en écran de fumée chiffré.
Dans les faits, la Colombie a produit environ 2 600 tonnes de cocaïne en 2023, en hausse de plus de 50%, et près de 87% de ces flux partent par les routes du Pacifique, tandis qu’à peine 5% transiteraient par le Venezuela, selon les estimations relayées par les organismes internationaux.
L’image est alors presque grotesque : un pays par lequel passerait une mince tranche du gâteau mondial se retrouve face à un porte‑avions géant, plusieurs destroyers, des B‑52 et une promesse d’opérations terrestres, comme si 5% du problème justifiaient 100% de l’arsenal.
Pour répondre, le gouvernement vénézuélien brandit ses propres chiffres choc : plus de 60 070 kilos de drogues saisis en quelques mois, “record depuis 2010”, et des images de 3 680 kilos interceptés en mer mises en scène comme preuve de son zèle contre les trafiquants.
Caracas affirme que ces saisies représenteraient jusqu’à 70 ou 80% de la drogue transitant par son territoire, renversant le cadrage : ce ne serait plus un “narco‑État” protégé par le pouvoir, mais un État assiégé qui ferait l’essentiel du travail sale pendant qu’on l’accuse de complicité.
Au cœur de l’été, le Venezuela aligne 15 000 soldats le long de la frontière colombienne au nom de la lutte antidrogue, soit une petite armée déployée sur ce qui n’est statistiquement qu’une route secondaire, comparée aux couloirs maritimes et aériens beaucoup plus intensifs.
En face, les États‑Unis projettent des milliers de militaires, un groupe aéronaval complet et des bombardiers stratégiques sur la zone, pour une portion du trafic qui ne représente que quelques points de pourcentage : le décalage entre la carte des routes et la carte des troupes saute aux yeux.
Chaque déploiement de porte‑avions se chiffre en millions de dollars par jour, auxquels s’ajoutent le coût des B‑52, des drones, des destroyers et de la logistique, alors que le bénéfice concret sur un trafic qui se détourne vite vers d’autres itinéraires reste statistiquement quasi invisible.
Le baratin consiste à faire oublier ces ordres de grandeur : quelques dizaines de tonnes saisies d’un côté, des milliers de tonnes produites de l’autre, et au milieu des dizaines de milliards engloutis dans une posture martiale présentée comme la seule réponse “rationnelle” à une menace mathématiquement marginale.
En martelant des pourcentages triomphants (85%), des masses saisies (60 070 kilos), des effectifs spectaculaires (15 000 soldats, un porte‑avions) et des récompenses astronomiques sur les dirigeants, le discours transforme une configuration complexe en fresque simple : un front unique du Bien contre un “narco‑État”.
L’œil est happé par ces chiffres criards, mais la dialectique qu’ils dessinent enferme le débat : si 5% de flux justifient une quasi‑guerre, alors toute contestation de la stratégie apparaît comme une faiblesse morale, et la question centrale – pourquoi frapper ici plutôt que là où se trouve l’essentiel du trafic ? – disparaît du champ visible.
UNODC – World Drug Report 2024, données sur la production de cocaïne et les routes de trafic.
France 24 – “Donald Trump menace les ‘trafiquants de drogue vénézuéliens’ de les attaquer aussi sur terre.”
TF1 Info – “Trump met le Venezuela sous pression : que pèse vraiment ce pays dans le trafic de drogue ?”
Radio Canada International (RCI) / AFP – “Narcotrafic : Le Venezuela déploie 15 000 soldats à sa frontière avec la Colombie.”
Journal de Montréal / AFP – “Accusé de narcotrafic par Washington, le Venezuela dit avoir saisi plus de 60 tonnes de drogue.”
Le Monde – “Narcotrafic : le Venezuela annonce le déploiement de 15 000 membres des forces de sécurité.”
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