Le quota français de maquereaux, symbole d’une répartition qui se fait au détriment de la pêche artisanale

Article publié le Mar 04, 2026
Hadrien Billard
2ème année à Sciences Po Strasbourg
Pour citer ce baratin :
Hadrien Billard,"Le quota français de maquereaux, symbole d’une répartition qui se fait au détriment de la pêche artisanale", [en ligne] BARA think tank, Mar 04, 2026, "https://www.bara-think-tank.com/baratin/le-quota-francais-de-maquereaux-symbole-dune-repartition-qui-se-fait-au-detriment-de-la-peche-artisanale"

Sous l’effet conjugué de la surpêche et du dérèglement climatique, le maquereau commun (Scomber scombrus) se fait de plus en plus rare dans les eaux françaises. Face à cette érosion, le Conseil de l’UE a pour une fois choisi de suivre les recommandations scientifiques du CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer). Un principe qui fait pourtant rarement foi lors des négociations, comme en témoignent les stocks de sole et de lieu jaune, dont les quantités prélevées autorisées pour 2026 excèdent les seuils de viabilité de l’espèce.

Si cette baisse de quotas a une logique scientifique, la répartition à l’échelle française semble en effet manquer de sens. En France, plus de 90% des quotas nationaux sont attribués à 15 organisations de producteurs. À titre d’exemple, l’arrêté pris le 29 décembre 2025 relatif à la gestion du stock de maquereau alloue seulement 2 tonnes aux navires non adhérents à une organisation de producteurs contre 272 tonnes pour les organisations de producteurs.

L’opacité des organisations de producteurs

Au vu de cette configuration, la plupart des marins-pêcheurs choisissent de rejoindre ces entités, se soumettant à leur fonctionnement souvent obscur. Bloom, une association française luttant contre la destruction de l’océan et de la pêche artisanale, a exhumé un document exposant la décision de répartition des quotas au sein de FROM Nord, une organisation de producteurs basée à Boulogne-sur-Mer. Celle-ci permet aux navires congélateurs pélagiques de prélever un quota de maquereau correspondant à 4% de leurs prises pendant une marée.

Or, les chalutiers congélateurs sont en réalité des navires-usines faisant plus de 80 mètres, 81 pour le Scombrus et 87 pour le Prins Bernhard puisque seulement deux bateaux sont concernés par cette mesure du FROM Nord. En effet, la manière de fonctionner de ces chalutiers est totalement différente d’un petit ligneur qui lui peut ne pas dépasser les 6 mètres de long. Au-delà de la taille, les navires-usines congèlent le poisson à bord et restent en mer entre 3 et 6 semaines. Là-bas, ils pourront mettre dans leurs cales plus de 2 000 tonnes de poissons au total soit environ 80 tonnes de maquereaux par marée alors que pour les autres navires les limites fixées par FROM Nord sont de 100 kg par semaine. Au niveau national, plus de 50% du quota national de maquereau pourrait ainsi être pêché par seulement 2 bateaux.

Des bateaux qui n’ont de français que leur quota puisque toute leur pêche est débarquée aux Pays-Bas. En effet, Prins Bernhard et Scombrus appartiennent tous les deux à France Pélagique, une filiale du super-armateur néerlandais Cornelis Vrolijk. Ainsi, pour 2026, la moitié du quota français de maquereau risque de partir depuis les Pays-Bas pour les marchés en Afrique et en Asie au profit de capitaux étrangers.

Un système à bout de souffle

De cette manière, nous faisons face à une gestion purement opportuniste sans aucune logique environnementale ou économique qui précarise l’activité de centaines de navires aux techniques de pêche pourtant plus respectueuses des écosystèmes marins.

L’un des leviers majeurs est entre les mains de l’État français et plus particulièrement de la DGAMPA (Direction Générale des Affaires maritimes, de la Pêche et de l’Aquaculture), une administration sous l’autorité de la ministre déléguée Catherine Chabaud. En effet, le ministère applique une clé de répartition entre les organisations de producteurs en se basant sur des antériorités de capture des années 2001 à 2003. Selon l’ONG Oceana, le critère des antécédents de capture comptait pour 96% dans la décision d’attribution des quotas en 2022 contre 1% pour le critère environnemental et 3% pour le critère socio-économique.

Cette situation fait donc des quotas de pêche une quasi-propriété privée détenue par quelques organisations au fonctionnement archaïque ne souhaitant pas répondre ou s’adapter aux nouvelles contraintes comme le Brexit, le dérèglement climatique ou l’effondrement des réseaux trophiques.

Le non-respect de l’article 17 de la PCP

Ce poids dérisoire accordé au critère environnemental contrevient à l’article 17 de la Politique Commune de la Pêche (PCP), homologue de la Politique Agricole Commune (PAC). Cet article stipule que les États membres « utilisent des critères transparents et objectifs, y compris les critères à caractère environnemental, social et économique » et doivent déployer des incitations pour les flottes à faible impact. De fait, la France est en contradiction avec l’esprit des textes européens.

Les organisations de producteurs n’ayant pas de devoir de publicisation de leur règlement intérieur ou de leurs décisions internes, le système actuel rend impossible le développement et la massification d’une flotte artisanale à faible impact environnemental. Cette absence de réaction entraîne plutôt la dégradation prononcée des écosystèmes marins mais aussi du secteur de la pêche artisanale.

Un arrêté modificatif

La crise du maquereau permet d’illustrer un système en déshérence totale. Il apparaît impératif d’avoir une intervention de l’État dans cette affaire qui ne peut se satisfaire de la situation du Scombrus et du Prins Bernhard. La souveraineté alimentaire semble être le maître mot en matière de politiques publiques d’agriculture et de pêche. La situation actuelle n’est pour autant pas peine perdue. Catherine Chabaud et la DGAMPA pourraient produire un arrêté modificatif refusant l'hyper concentration des quotas de maquereau au profit de pêcheurs pratiquant les arts dormants ce qui garantirait un avenir à nos littoraux et à la santé de nos océans.

Afficher les sources

Code rural et de la pêche maritime, Section 4 : Gestion des quotas de pêche et des efforts de pêche

République française, Arrêté du 18 mars 2025 portant répartition de certains quotas de pêche accordés à la France pour l'année 2025, JORF n°0068 du 20 mars 2025 -

République française, Arrêté du 29 décembre 2025 établissant les modalités de gestion des pêcheries de maquereau (Scomber scombrus) pour l'année 2026, JORF n°0303 du 31 décembre 2025

Assemblée nationale, Rapport d'information sur l'avenir de la gouvernance de la pêche française (n° 1964), Commission des affaires économiques, déposé en octobre 2025

Parlement européen, Rapport sur la mise en œuvre de l’article 17 du règlement relatif à la politique commune de la pêche (2021/2168(INI)), Commission de la pêche, 20 mai 2022

BLOOM, « Exclusif : un document révèle le choix des autorités de sacrifier la pêche artisanale au profit de navires-usines géants », Enquêtes, janvier 2026 - BLOOM, « Maquereau en péril : les navires-usines doivent être exclus des quotas », décembre 2025,

BLOOM, « Politique Commune de la Pêche : mettre en œuvre plutôt que détruire », Plaidoyer, 2024,

Oceana, Briefing – Comment la France attribue-t-elle les possibilités de pêche à ses pêcheurs ?, juillet 2024

Mandard, S. (2020, 26 septembre), « La pêche française inaugure le Scombrus, un chalutier géant néerlandais », Le Monde

Toute l'Europe, « La Politique commune de la pêche (PCP) », Fiches thématiques, 2025

Toute l'Europe, « Histoire de la Politique commune de la pêche », Chronologie, 2024