Le coup d’accélérateur des États-Unis au Sahara occidental

Depuis le début de 2026, les États-Unis semblent une nouvelle fois tenter de se positionner en tant que médiateur principal et de court-circuiter l’ONU, quitte à en sacrifier une des deux parties.

Article publié le Apr 02, 2026
Aymeric Guillemin
Quatrième Année à Sciences Po Strasbourg
Pour citer ce baratin :
Aymeric Guillemin,"Le coup d’accélérateur des États-Unis au Sahara occidental", [en ligne] BARA think tank, Apr 02, 2026, "https://www.bara-think-tank.com/baratin/le-coup-daccelerateur-des-etats-unis-au-sahara-occidental"

Territoire souffrant d’un « processus de décolonisation incomplet » depuis le retrait de l’Espagne en 1975 à la suite de la Marche Verte et des Accords de Madrid, le Sahara occidental est l’objet de nombreuses tensions, notamment entre le Maroc et l’Algérie.

Une décision de l’ONU historique

Le 31 octobre 2025, l’Organisation des Nations-Unies fait prendre un tournant à la question du Sahara occidental. C’est en effet à ce jour qu’est votée la résolution 2797, qui adopte comme base des négociations futures le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007.

Or, ce plan du roi Mohammed VI correspond à un modèle régional doté d’un parlement et d’un gouvernement locaux, mais sous souveraineté marocaine. Rabat conserverait les compétences régaliennes, de défense, diplomatie notamment. Un plan qui de fait sert les intérêts du Maroc et mécontente l’Algérie, qui s’est abstenue de signer la résolution, et se plaint de la non-considération du Front Polisario, lui aussi ayant d’ailleurs déposé un plan en 2007.

La stratégie de long-terme du Maroc

Depuis de dépôt du texte, ce dernier est devenu la clé de voute de la stratégie marocaine vis-à-vis du Sahara occidental. Le plan n’intégrant pas l’indépendance comme une réelle option, et ne fais pas mention d’une quelconque souveraineté pour le Front Polisario. Une victoire politique donc, d’avoir réussi à écarter ce dernier sur la scène internationale.

Le rapprochement progressif avec les États-Unis sur la question a largement contribué à la reconnaissance de la souveraineté du Maroc et l’isolement du Front Polisario. En effet, en 2020, les États-Unis reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Une reconnaissance qui entraîne par la suite celle de l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni notamment. Un succès pour le Maroc donc, qui voit son travail de négociation, avec les États-Unis mais également ses partenaires africains, porter ses fruits.

La question de l’auto-détermination

Le Sahara occidental étant reconnu par l’ONU comme un « territoire non-autonome », c’est-à-dire dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes, reste en suspens la question de l’auto-détermination, auquel le plan ne semble pas répondre. En effet, il ne mentionne pas le référendum qui était prévu par la MINURSO et plaidé par le Front Polisario.

Cette mission de l’ONU, dont le rôle est prolongé par la résolution 2797, est de faire appliquer une cessez-le-feu et d’organiser un référendum pour les Sahraouis pour qu’ils choisissent l’indépendance ou l’intégration au Maroc. Mais, probablement effet des pressions marocaines et américaines, l’organisation d’un référendum ne semble plus être au cœur de la question, et l’ONU affirme se diriger vers des solutions plus « réalistes ». La question de l’auto-détermination reste donc indéterminée

Les États-Unis prennent le devant

Avec une rencontre restée discrète à Madrid en février dernier, Trump va plus loin encore que la résolution de l’ONU et mène une politique qui s’inscrit dans le contexte de la création de son « Conseil de la Paix », contournant la gouvernance de l’ONU. Il réunit à l’ambassade américaine le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, le Front Polisario pour mener des négociations directes entre les partis.

Plus proche du Maroc du fait de la reconnaissance de 2020, il est probable que les États-Unis aient fait avancer la cause de Rabat, dans une direction encore plus prononcée que celle de la résolution 2797. Reste à savoir comment les questions du partage du territoire, des ressources et de la gouvernance ont véritablement été traitées.

Un objectif de résultat rapide

La résolution 2797 ne prolonge le mandat de la MINURSO que jusqu’en octobre de cette année. Donald Trump le sait, et veut parvenir à une solution avant cette date. Dès lors, il place l’Algérie dans une position délicate, face à une solution de paix plus imposée que négociée (l’Algérie peut-elle prendre le risque de s’opposer diplomatiquement à Washington ?) dans une action unilatérale comme souvent avec Donald Trump.

Ce n’est pas un hasard si les Américains appelaient en mars dernier vouloir une réévaluation de la MINURSO, en invoquant des questions de financement et d’efficacité. Mais il est surtout question pour Trump d’arriver à un accord vite, et sous son égide plutôt que celui de l’ONU.

Fermeté contre le Front Polisario

Ce mois de mars, quelques sénateurs américains, dont Ted Cruz, déposent un projet de loi visant à qualifier le Front Polisario d’« organisation terroriste ». Cette qualification proviendrait du fait des liens de Front Polisario avec l’Iran, qui utiliserait selon ces sénateurs le groupe pour s’opposer aux États-Unis et maintenir une influence dans la région.

La présentation du Front Polisario comme une telle menace polarise les débats, et évidemment ne plaît pas à l’Algérie, son principal soutien. Elle permettrait en outre d’aller encore plus vite dans la résolution de la situation, sous le prétexte qu’il est impossible de négocier avec des terroristes. Le projet de loi n’a pas donné suite pour l’instant et l’ONU maintient de son côté vouloir négocier avec toutes les parties.

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Le Monde (2026), Sahara occidental : les Etats-Unis parviennent à réunir tous les acteurs du conflit, 9 février. Disponible à : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/02/09/sahara-occidental-les-etats-unis-parviennent-a-reunir-tous-les-acteurs-du-conflit_6666063_3212.html (consulté le 2 avril 2026).

Organisation des Nations unies (2025), Conseil de sécurité : réunion CS16208, communiqué de presse, 2025. Disponible à : https://press.un.org/fr/2025/cs16208.doc.htm (consulté le 2 avril 2026).

Human Rights Watch (2026), ONU : le droit à l’autodétermination des habitants du Sahara occidental est menacé, 25 mars. Disponible à : https://www.hrw.org/fr/news/2026/03/25/onu-le-droit-a-lautodetermination-des-habitants-du-sahara-occidental-est-menace (consulté le 2 avril 2026).

United States Senate (2026), Sens. Cruz, Cotton, Scott introduce bill targeting Iranian regime’s Polisario Front, communiqué de presse, 2026. Disponible à : https://www.cruz.senate.gov/newsroom/press-releases/sens-cruz-cotton-scott-introduce-bill-targeting-iranian-regimes-polisario-front (consulté le 2 avril 2026).

RFI (2026), Sahara occidental : les États-Unis envisagent une réforme de la mission onusienne MINURSO, 24 mars. Disponible à : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260324-sahara-occidental-les-états-unis-envisagent-une-réforme-de-la-mission-onusienne-minurso (consulté le 2 avril 2026).

Mediapart (2026), Sahara occidental : vers une pax americana au Maghreb ?, 2 mars. Disponible à : https://blogs.mediapart.fr/histoire-coloniale-et-postcoloniale/blog/020326/sahara-occidental-vers-une-pax-americana-au-maghreb (consulté le 2 avril 2026)