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La géo-ingénierie, dont le développement s'est accéléré ces dernières années, reste une pratique peu connue mais qui pourrait pourtant influencer grandement la planète dans les années à venir.

La géo-ingénierie renvoie à toute intervention humaine délibérée influençant le système climatique planétaire. Cette discipline est notamment née de l'observation des volcans, en particulier de l'influence que les gaz et les fumées relâchés dans l'atmosphère par ces derniers peuvent avoir sur la température terrestre ainsi que sur la composition de l'atmosphère.
Bien que ces réflexions apparaissent dès le début du XIXe siècle, les recherches et expérimentations ne se développent réellement qu'à partir du XXème siècle, notamment dans le cadre de la guerre froide. En effet, si la géo-ingénierie peut être perçue comme une solution face au réchauffement climatique, elle peut aussi être utilisée à des fins militaires.
À titre d’exemple, l’opération Popeye, mise en place par l’armée américaine dans le cadre de la guerre du Vietnam, consiste à utiliser une arme météorologique afin de prolonger la mousson. En dispersant de l’iodure d’argent, les militaires chargés de cette mission parviennent à ensemencer des nuages afin d’augmenter les précipitations. Cela a notamment pour conséquences d’embourber les pistes de ravitaillement ennemies.
S'il y a à peine dix ans, la géo-ingénierie n'avait pas sa place dans les discussions multilatérales et gouvernementales sur la lutte contre le réchauffement climatique, la situation n'est plus du tout la même aujourd'hui. Dans un contexte d'urgence climatique, certains acteurs (scientifiques ou gouvernementaux notamment) souhaiteraient développer la géo-ingénierie afin de limiter les effets du réchauffement climatique.
Le gouvernement britannique a par exemple alloué en 2025, 58 milliards de dollars à la recherche et aux essais en extérieur de géo-ingénierie. Le programme de l'agence ARIA (Advanced Research and Invention Agency) vise surtout à développer la géo-ingénierie solaire : l'objectif serait de limiter l'augmentation de la température planétaire en injectant continuellement du sulfure dans la stratosphère afin de renvoyer une partie plus importante des rayonnements solaires vers l'espace, les empêchant ainsi de réchauffer la surface terrestre.
La géo-ingénierie regroupe de nombreuses techniques et idées qui pourraient permettre de limiter grandement certaines conséquences du changement climatique. Mais il est tout d'abord important de noter que les technologies de géo-ingénierie sont encore loin d'être utilisables à grande échelle : elles ne sont qu'à une étape de recherche et, pour les plus avancées d'entre elles, d'expérimentation à petite échelle.
On retrouve dès lors deux catégories principales de géo-ingénierie : la gestion du rayonnement solaire (GRS pour Solar Radiation Management) et l’élimination du carbone (CDR pour Carbon Dioxide Removal).
Tout d'abord, la gestion du rayonnement solaire (GRS) vise à limiter le taux de rayonnement solaire atteignant la surface terrestre. L’objectif est donc de réduire rapidement la quantité d’énergie solaire absorbée par la Terre en augmentant l’albédo atmosphérique et donc freiner l’augmentation de la température globale à court terme.
Ainsi, trois principales techniques sont proposées. La première est celle de l’injection d'aérosols stratosphériques permettrait, par la dispersion de sulfates ou de particules d’aluminium dans la stratosphère, de refléter une partie des rayonnements solaires. Les défenseurs de cette solution prennent l’exemple de l’éruption volcanique ayant eu lieu en 1831 et ayant mené à une baisse globale des températures d’en moyenne 1°C. Il serait donc question de reproduire les effets de cette éruption historique. En outre, une deuxième technique est proposée, celle de l’éclaircissement des nuages qui repose sur la pulvérisation d’hydrosols dans l’atmosphère afin d’augmenter l’albédo des nuages bas. Enfin, certains ingénieurs avancent l’idée d’une mise en place de miroirs spatiaux qui joueraient le rôle de réflecteurs en orbite, réduisant l’énergie solaire reçue sur Terre.
L’élimination du carbone présent dans l’atmosphère (CDR) tend quant à elle à atténuer le réchauffement climatique en retirant le dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère afin de limiter l’effet de serre. Le CDR regroupe ainsi quatre principales techniques.
On retrouve tout d’abord la capture directe dans l’air du dioxyde de carbone (DAC) reposant sur des technologies d’extraction et de stockage géologique du CO2 tandis que la bioénergie renvoie à la combustion de biomasse suivie de la capture du CO2 émit. En outre, la fertilisation océanique est aussi proposée : il s’agit d’ajouter du fer ou d’autres nutriments afin de stimuler la photosynthèse marine (en particulier celle des phytoplanctons). Enfin, on peut noter la gestion du carbone à partir du sol, c’est-à-dire toutes les pratiques agricoles augmentant la capture du dioxyde de carbone, avec par exemple l’agroforesterie.
Malgré des promesses qui peuvent paraître alléchantes, la géo-ingénierie soulève de nombreuses questions, poussant une grande partie des chercheurs à s'opposer à son utilisation.
Tout d'abord, toutes les techniques abordées étant encore aujourd’hui en phase de test, les potentielles conséquences sont encore en grande partie inconnues. Cependant, agir de manière volontaire sur le système climatique terrestre pourrait avoir des conséquences néfastes sur la biodiversité ainsi que sur les cycles hydrologiques. Cela pourrait dès lors aggraver la situation actuelle.
Face à ces critiques, les chercheurs proposent une phase de test à grande échelle : si les résultats sont positifs, le système restera en place, sinon il sera abandonné. Cependant, interrompre brutalement un système de géo-ingénierie en cas de problème pourrait mener à un « choc de terminaison », c'est-à-dire à une hausse massive des températures.
En outre, des questionnements éthiques se posent. Tout d'abord, les substances qui seraient injectées dans la stratosphère sont cancérigènes et seraient amenées, tôt ou tard, à retomber sur Terre sous la forme de pluies ou de particules fines.
Il ne faut pas non plus mettre de côté le fait que les solutions proposées par la géo-ingénierie ne sont que temporaires et ne répondent pas à l'ensemble des problèmes causés par l'activité humaine. Ainsi, certains acteurs s’opposant à l’utilisation de la géo-ingénierie défendent l’idée que cette solution pourrait mener à un affaiblissement des efforts fournis par les Etats dans la recherche et le développement de solutions à long terme. En effet, la géo-ingénierie ne s’attaque pas aux causes du changement climatique mais à seulement à certaines de ses conséquences. Dès lors, les acteurs investissant dans la géo-ingénierie pourraient être poussés à mettre en avant cet investissement, délaissant ainsi la recherche de solutions viables à long terme afin de supprimer non pas les conséquences du changement climatique mais ses causes. Cela se rapproche dès lors du greenwashing puisqu’il s’agit d’un procédé médiatique et politique donnant l’illusion d’une responsabilité environnementale liée aux avancées de la géo-ingénierie alors qu’en parallèle, les enjeux réels du changement climatique sont délaissés.
Enfin, ce système, puisqu'il agit à l'échelle globale, nécessite une organisation et une prise de décision multilatérale. Or, son faible coût et les désaccords entre les nations pourraient mener à une utilisation unilatérale, comme c'est aujourd'hui le cas au Royaume-Uni pour ce qui est des recherches. Un enjeu majeur réside dès lors dans l’éventuel contrôle de la géo-ingénierie par les pays les plus riches. En conséquence, ces derniers imposeraient à tous les effets néfastes de cette solution, notamment aux habitants des pays les plus pauvres ayant des capacités de protection restreintes face à ces potentielles menaces environnementales ou sanitaires.
“Solar geoengineering is becoming a respectable idea”, The Economist, 22 November 2023. https://www.economist.com/science-and-technology/2023/11/22/solar-geoengineering-is-becoming-a-respectable-idea
“The UK's gamble on solar geoengineering is like aspirin for cancer”, The Guardian, 12 March 2025.
https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/mar/12/solar-geoengineering-uk
CHIA, Emmanuel, “Peut-on manipuler la météo pour gagner la guerre?”, L'Express, 4 mars 2026.
HAGENS, Nate, “The Science and Politics of Geoengineering with Ted Parson”, YouTube, 12 novembre 2025 [vue le 4 mars 2025].
https://www.youtube.com/watch?v=aN8zvljc5EQ
Site internet du programme ARIA, “Empowering scientists to reach for the edge of the possible”. https://aria.org.uk/
LE ROY LADURIE, Emmanuel, Trente-trois questions sur l'histoire du climat, Du Moyen-Âge à nos jours, Pluriel, 2010.
INTERGOVERNMENTAL PANEL ON CLIMATE CHANGE, Global warming of 1.5°C: An IPCC special report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty, 8 octobre 2018 [consulté le 14 avril 2026].
INTERGOVERNMENTAL PANEL ON CLIMATE CHANGE, Climate change 2021: The physical science basis. Contribution of Working Group I to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, 9 août 2021 [consulté le 14 avril 2026].
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