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Les jeunes Français n’ont jamais été aussi diplômés, notamment au niveau Bac+5, mais peinent à transformer leurs années d’études en emplois stables, bien payés et à la hauteur de leurs qualifications.
En 2024, le chômage des 15–24 ans tourne autour de 19%, bien au‑dessus de la moyenne nationale, tandis que le taux de chômage des jeunes sortis d’études depuis 1 à 4 ans atteint 15,5%. Parmi les diplômés Bac+5 sortis en 2024, 84% jugent la recherche d’emploi difficile et près de la moitié la qualifie de très difficile, malgré un niveau de diplôme élevé.
Comment expliquer qu’une génération plus diplômée que jamais doive multiplier les candidatures, accepter des jobs “alimentaires” et des compromis sur le salaire ou le CDI pour simplement entrer sur le marché du travail ?
Le discours dominant reste que le diplôme protège du chômage : les pouvoirs publics encouragent la poursuite d’études, les universités et grandes écoles promettent une “insertion rapide”, et les familles investissent dans les années d’études comme dans une assurance emploi. L’idée implicite est claire : plus on monte dans les diplômes, plus l’accès au marché du travail devient fluide, surtout pour les Bac+5.
Cette thèse séduit parce qu’elle offre un récit simple et méritocratique : travailler dur à l’école garantirait un retour sur investissement, tant en sécurité qu’en statut social. Elle permet aussi aux institutions de valoriser leurs formations et aux gouvernements de présenter la massification scolaire comme la principale réponse au chômage des jeunes.
Les chiffres récents montrent toutefois un retournement : les recrutements de cadres débutants ont chuté de 19% en 2024 et devraient encore reculer de 16% en 2025, frappant d’abord les jeunes diplômés. Un quart des Bac+5 de la promotion 2024 considèrent leur emploi actuel comme un “job alimentaire”, souvent en dessous de leur niveau de qualification ou en contrat précaire.
Si le diplôme suffisait vraiment, on ne verrait pas des Bac+5 déposer plus de trente candidatures avant d’obtenir un poste, renoncer au CDI, au télétravail ou au secteur souhaité, ni accepter des salaires inférieurs à ceux des promotions précédentes. On ne verrait pas non plus certains masters (lettres, langues, arts, droit‑éco‑gestion) avec des taux d’emploi nets en recul, malgré un niveau de formation élevé.
Le problème s’enracine à plusieurs niveaux : conjoncture économique défavorable au recrutement de cadres débutants, transformation des besoins des entreprises, effets de la réforme de France Travail, et ajustements budgétaires qui réduisent certaines aides à l’apprentissage. À cela s’ajoutent des désajustements entre les compétences acquises à l’université et les profils recherchés, selon les secteurs.
Parce que les entreprises ralentissent leurs embauches de juniors, la concurrence entre promotions s’intensifie ; parce que les réformes de l’emploi modifient les règles, les périodes de transition s’allongent ; et parce que la structuration des formations ne suit pas toujours les besoins du marché, une partie des jeunes diplômés se retrouve en porte‑à‑faux, oscillant entre chômage, missions courtes et déclassement.
Concrètement, ce sont des jeunes qui enchaînent stages, CDD courts et intérim, retardent leur départ du domicile parental et renoncent à des projets de logement ou de famille faute de visibilité. Beaucoup décrivent une expérience “humiliante” du chômage et du processus de recrutement, fait de silences, d’entretiens sans suite et de doutes sur la valeur même de leur parcours.
À l’échelle collective, cette difficulté d’insertion fragilise la confiance dans la promesse républicaine selon laquelle l’école protège et élargit les possibles. Elle alimente un sentiment de déclassement générationnel, avec le risque de voir se développer abstention, désengagement démocratique ou radicalisation des colères sociales.
La thèse méritocratique du diplôme‑bouclier pointe juste lorsqu’elle rappelle que les moins diplômés restent les plus exposés au chômage, mais elle devient trompeuse si elle laisse croire que les jeunes Bac+5 sont automatiquement à l’abri. L’antithèse du déclassement généralisé éclaire la dureté actuelle du marché, mais elle occulte les marges de manœuvre politiques et individuelles pour améliorer l’insertion.
Reste à interroger ce que la société veut faire de cette génération diplômée : renforcer l’accompagnement à l’entrée dans la vie active, réguler davantage les pratiques de recrutement, réorienter l’offre de formation, ou repenser plus profondément la place du travail dans les trajectoires de jeunesse. C’est à cette condition que les jeunes diplômés pourront cesser de vivre leur arrivée sur le marché de l’emploi comme un goulot d’étranglement et redevenir des acteurs de leur avenir.
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