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"Does anyone know what Somaliland is ?" Donald Trump, en septembre 2025, quand on lui demande s'il compte reconnaitre le Somaliland comme l'a fait Israël.

Un état que tout le monde voit sur la carte, mais que personne ne regarde, car rarement montré comme un État en tant que tel : voici la situation du Somaliland. Petite enclave entre la Somalie (dont il fait officiellement partie), l’Éthiopie et Djibouti, face au détroit de Bab-el Mandeb, le Somaliland est territoire stratégique de la Corne d’Afrique.

Encore revendiqué par la Somalie comme faisant partie intégrante de son territoire, ce dernier considérant sa reconnaissance comme une atteinte à sa souveraineté nationale, la Somaliland est un territoire autonome auto-proclamé indépendant en 1991. Si son caractère autonome est bel et bien une réalité, du fait notamment de son système politique en apparence stable et démocratique, son indépendance en tant que telle est peu considérée par la communauté internationale. En effet, le Somaliland n’est reconnu comme un État indépendant par aucun des États membres de l’ONU avant décembre 2025, et la reconnaissance d’Israël, qui toutefois s’inscrit dans un contexte controversé.
Ancienne colonie anglaise, le Somaliland accède pour la première fois à l’indépendance en juin 1960, au départ des colons. C’est également à cette période que partent les colons qui peuplaient l’actuelle Somalie, alors colonie italienne. Par conséquent, en 1960, le Somaliland est reconnu comme un État indépendant par beaucoup d’autres gouvernements, mais seulement pendant un mois, jusqu’à donc l’indépendance de la Somalie vis-à-vis de l’Italie en juillet 1960, et la formation de la Somalie telle qu’on la connaît officiellement aujourd’hui. Ce n’est qu’en 1991 que le Somaliland déclare à nouveau son indépendance, dans un contexte de guerre civile qui ravage le pays depuis 1978. Cette guerre prend un tournant en 1991, avec le renversement Mohamed Siad Barre, dirigeant de la Somalie arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1969. Alors que sa destitution entraîne davantage de violences et prolonge la guerre civile, le Somaliland profite de la fin d’une dictature politique et de l’instabilité accrue pour déclarer unilatéralement son indépendance le 18 mai 1991. Si cette indépendance provoque des tensions, notamment avec le Puntland, autre territoire autonome à la frontière est du Somaliland né des tensions de la guerre civile, qui lui ne revendique pas son indépendance, l’indépendance du Somaliland lui permet d’entamer une période de stabilité alors que la Somalie plonge dans une guerre civile non achevée encore aujourd’hui, en proie à des tensions internes, des groupes terroristes tel qu’Al-Shabaab et une corruption généralisée. Dès lors, le Somaliland apparaît comme un État beaucoup plus stable que ses voisins. Il a construit depuis son indépendance un système politique solide, une République parlementaire bicamérale, avec une vie politique active, des partis engagés et des taux de participation aux votes particulièrement importants. Son Président Abdirahman Mohamed Abdullahi, élu en 2024, faisait partie auparavant de l’opposition au Président Muse Bibi Abdi, ce qui semble prouver l’existence d’une vie politique stable et non-dictatoriale, malgré un report de deux ans de ces élections. Le gouvernement s’attèle à entretenir des bonnes relations avec ses voisins, notamment l’Éthiopie qui conserve de bon rapports avec le Somaliland sans pour autant soutenir officiellement son indépendance, mettant pour cela en avant son exception démocratique dans la région et les avantages qu’il peut offrir de par son accès direct au détroit de Bab-El Mandeb.
De fait, si le Somaliland correspond aux critères de Montevideo de la définition d’État à part entière, possédant un territoire administré par un gouvernement autonome, exerçant un pouvoir politique sur une population vivant sur ledit territoire, et étant en capacité à entrer en relation avec les autres États (malgré son exclusion de la plupart des institutions internationales), sa qualité d’État ne peut revêtir qu’un aspect déclaratif tant qu’elle n’est pas acceptée par la communauté internationale. Il est donc important pour le pays de mettre en avant son caractère démocratique, mais également sa capacité à s’auto-administrer, avec sa propre monnaie, police etc. Cette image positive, qui contraste notamment avec celle de la guerre civile en Somalie, sert les intérêts du gouvernement somalilandais. Se donner une bonne image, d’un pays démocratique et d’un système politique stable et efficace, permet de favoriser cette reconnaissance auprès de la communauté internationale. C’est pourquoi les manifestations politiques ou les déclarations les plus critiques à l’encontre du régime sont généralement interdites, afin d’éviter de montrer tout signe d’instabilité sociale et politique. Le Somaliland n’est donc pas exempt de la corruption, ainsi que d’une certaine forme de censure et de privation des libertés. Les événements survenus dans la ville de Las Anod, en 2023, sont un exemple des tensions réelles qui caractérisent la vie sociale du Somaliland. Face à des protestations de plus en plus importantes, dans cette ville de l’état du Khatumo (région voisine du Somaliland, qui revendique son autonomie mais pas son indépendance vis-à-vis de la Somalie. La région est considérée également par le Somaliland comme faisant partie de son territoire, c’est pourquoi Khatumo est soutenu par la Somalie), l’armée du Somaliland est intervenue et a entrepris une violente et brutale répression, suivie d’une intervention militaire prolongée sous l’impulsion de Muse Bibi Abdi, ancien Président du Somaliland. Ce conflit se traduit par le déplacement forcé d’environ 150 000 réfugiés, fuyant la brutalité de l’armée somalilandaise. Une situation ayant évidemment impacté négativement le combat du Somaliland pour sa reconnaissance. Toutefois, cette position controversée sur la scène internationale n’a pas empêché la première reconnaissance officielle du Somaliland par un pays membre de l’ONU, à savoir Israël le 26 décembre 2025. Une première depuis 1991, donc un tournant pour le Somaliland, un espoir nouveau, mais surtout une reconnaissance paradoxale, controversée et conditionnée.
L’intérêt géostratégique pour Israël de reconnaître le Somaliland est clair et affiché. La position d’un tel pays représente un atout, du fait de son accès à la mer Rouge et à l’océan Indien, par le détroit de Bal-El Mandeb qui plus est, un point de passage important et auquel Israël attache une importance particulière. En effet, si près d’un quart du commerce mondial circule régulièrement par le biais du détroit (et potentiellement une part largement plus importante au vu de la situation actuelle en Iran et dans le détroit d’Ormuz), ce dernier se trouve constamment menacé par les Houthis, au Yémen. Ces rebelles armés sont soutenus par l’Iran et sont donc des ennemis d’Israël, d’autant plus dans le contexte actuel, c’est pourquoi il est important pour Tel-Aviv d’acquérir un allié clé et un point d’accès stratégique et sûr au détroit. La Somaliland pourrait donc être amené à devenir un partenaire d’Israël dans la Corne d’Afrique, d’autant que pour que la stratégie fonctionne, il n’est pas forcément nécessaire que d’autres États reconnaissent le Somaliland, au contraire cette situation procure un avantage stratégique à Israël. Un avantage qui se traduit par de nombreuses propositions du Somaliland, notamment celle évoquée en mars dernier de permettre à Israël d’établir une « présence stratégique », soit une ambassade dans la capitale Hargeisa ainsi qu’une base militaire, sur le territoire du Somaliland, dans le port de Berbera. Une telle présence serait un atout non-négligeable pour conserver un accès permanent au détroit de Bab-El Mandeb, octroyant de considérables capacités de contrôle de l’acheminement du commerce mondial, et de cibler directement les Houthis, qu’Israël cherche à atteindre de la manière la plus efficace qu’il soit. Au-delà de ces raisons, la reconnaissance du Somaliland renvoie un symbole fort et paradoxal alors qu’Israël est en pleine guerre avec la Palestine, un autre État qui lutte pour sa reconnaissance depuis de nombreuses années. Justement, la question de la Palestine pourrait bien être liée à la reconnaissance du Somaliland par Israël. Beaucoup de pays arabes accusent Tel-Aviv de vouloir relocaliser une partie de la population vivant à Gaza dans des zones prédéfinies, dont le Somaliland ferait partie. Le Maroc serait par ailleurs lui aussi évoqué comme une destination potentielle. Un tel déplacement forcé de populations, dans un territoire qui plus est lointain et non-reconnu en tant qu’entité autonome par la communauté internationale, provoquerait de vives réactions parmi les alliés et adversaires d’Israël. L’option n’est toutefois pas à écarter, car le Somaliland n’est pas en position de force dans les négociations met en avant en priorité la question de sa reconnaissance, pour laquelle il semble prêt à faire des concessions en tout genre.
À noter que si les États-Unis ne reconnaissent pas pour l’instant l’indépendance du territoire et soutiennent officiellement l’unité de la Somalie, une proposition à également été faite par le Somaliland à la Maison Blanche, suite au rapprochement avec Israël. En effet, fort du succès diplomatique que représente cette première reconnaissance et de l’affaiblissement des relations diplomatiques entre Washington et Mogadiscio, le Somaliland déclarait en février dernier être prêt à accorder un accès privilégié aux États-Unis à leurs minerais, ainsi qu’à favoriser l’établissement d’une base militaire. Ce n’est pas la première fois que le Somaliland tente d’attirer l’attention et la bienveillance du gouvernement américain, cela dit cette tentative semble plus prometteuse que les précédentes. Avec l’accord d’un allié aussi important qu’Israël, la politique de Donald Trump qui n’est pas engagé à reconnaître le Somaliland mais n’a jamais réellement fermé la porte non plus, le contexte actuel et l’intérêt que peut avoir le Président américain à se trouver un allié dans la Corne de l’Afrique, la reconnaissance du Somaliland n’a peut-être jamais été envisagée aussi sérieusement.
Ceci permettrait notamment au Somaliland de gagner en crédibilité sur la scène internationale, et de montrer au monde qu’il est reconnu par un des États les plus puissants et les plus influents. Au-delà du symbole renvoyé, les avantages diplomatiques seraient énormes, et l’espoir d'entraîner d’autres reconnaissances diplomatiques est important. Cela ne serait pas la première fois qu’une reconnaissance diplomatique des États-Unis entraînerait une série d’autres reconnaissances d’alliés internationaux. Ce fut notamment le cas lorsque le gouvernement américain avait reconnu en 2020 la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ayant eu pour conséquence la reconnaissance par l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni notamment. L’espoir est donc élevé pour le Somaliland que les États-Unis reconnaissent son indépendance, en obtenant cela d’un de ses alliés les plus solides et en se positionnant lui-même comme un potentiel allié en Afrique et dans le conflit en cours en Iran. Il est important de considérer toutefois les nombreuses réactions qu’a provoquées cette reconnaissance, et notamment les indignations de nombreux pays du Golfe. Beaucoup appellent à respecter le droit international, tout comme l’Union Européenne qui réaffirme la souveraineté de la Somalie. L’Union Africaine s’oppose également de fait à cette reconnaissance, officiellement à cause du « risque de créer un dangereux précédent aux conséquences considérables pour la paix et la stabilité sur l’ensemble du continent ». En somme, nombreux sont les États et les institutions internationales défavorables à la reconnaissance et peu enclins à céder aux revendications du Somaliland, et l’impact des évolutions récentes sur la question reste difficile à mesurer.
Franceinfo (2018) Somaliland : l’autre Somalie en quête de reconnaissance internationale. Disponible à : https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/politique-africaine/somaliland-l-autre-somalie-en-quete-de-reconnaissance-internationale_3059883.html
Courrier international (2026a) Analyse : le Somaliland, un territoire si courtisé. Disponible à : https://www.courrierinternational.com/article/analyse-le-somaliland-un-territoire-si-courtise_240749
Courrier international (2026b) Géopolitique : le Somaliland invite Israël à installer une base militaire sur son territoire. Disponible à : https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-le-somaliland-invite-israel-a-installer-une-base-militaire-sur-son-territoire_241801
Courrier international (2026c) Géopolitique : pour être reconnu par Washington, le Somaliland offre minerais et bases militaires. Disponible à : https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-pour-etre-reconnu-par-washington-le-somaliland-offre-minerais-et-bases-militaires_240894
RTBF (2026) Pourquoi Israël reconnaît le Somaliland : lutter contre les Houthis ou y déporter des Palestiniens ?. Disponible à : https://www.rtbf.be/article/pourquoi-israel-reconnait-le-somaliland-lutter-contre-les-houthis-ou-y-deporter-des-palestiniens-11653960
IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) (s.d.) Expliquez-moi le Somaliland, l’État qui n’existe pas. Disponible à : https://www.iris-france.org/expliquez-moi-le-somaliland-letat-qui-nexiste-pas/
Sciences Po – CERI (s.d.) La reconnaissance du Somaliland par Israël comme indicateur d’une dynamique géopolitique entre la Corne de l’Afrique et le Golfe. Disponible à : https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/actualites/la-reconnaissance-du-somaliland-par-israel-comme-indicateur-d-une-dynamique-geopolitique-entre-la-corne-de-l-afrique-et-le-golfe/
YouTube (s.d.) Somaliland (vidéo). Disponible à : https://www.youtube.com/watch?v=tmju2-tzNyo
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