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L’année 2026 démarre avec une rare intensité. Même si Donald Trump nous avait habitué à des débuts d’années dynamiques (son investiture et ses premiers décrets en 2025, attaque du Capitole par ses partisans en 2021, assassinat de Qassem Soleimani en janvier 2020), cette année dénote particulièrement par la magnitude des décisions américaines et des bouleversements qu’elles provoquent.
Les Européens, avec la France en tête, prennent désormais conscience que l’autonomie stratégique est plus que jamais la priorité. Cette prise de conscience s’illustre aujourd’hui par les discussions se tenant en ce moment même à Bruxelles et Davos sur l’utilisation de l’instrument anti-coercition européen, le fameux « bazooka économique » selon S. Séjourné. Jusqu’alors jamais utilisé, il permettrait à l’UE d’utiliser un large éventail d’outils économiques, allant de l’institution de droits de douane jusqu’à l’accès aux marchés publics européens.
Car Trump, au-delà de violer le droit (ce qui n’est pas une nouveauté en soi), s’attaque désormais à ses alliés les plus proches. Même s’il affirmait dans une interview au New York Times ce 11 janvier qu’il était « très proche » avec ses alliés de l’OTAN, ses actions hurlent le contraire. Entre propositions de rachat du Groenland à 700 milliards de dollars et exercices militaires, les gesticulations américaines mettent les Européens sous une pression maximale.
Mais, de manière étrange, se développe en arrière-plan une tentative de restauration du droit international. Alors que la mise en concurrence de l’ONU avec d’autres organisations internationales était jusqu’ici le fait de pays en faveur d’une réforme du système international et du statu quo, l’initiative est désormais prise par la puissance à l’origine de ce même ordre international. Avec son initiative de « Conseil de paix », Trump cherche non seulement à mettre les Nations unies sur la touche, mais surtout à renforcer la place des Etats-Unis comme gendarme du monde.
Annoncé d’abord en novembre dernier comme solution à la guerre et au génocide à Gaza, l’initiative avait été saluée par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui en avait toutefois délimité les compétences, insistant sur sa dimension transitoire. Si la tâche de stabiliser la bande de Gaza a été déplacée au Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), le Conseil de la paix s’est développé en quelque chose de plus large. C’est désormais une initiative diplomatique américaine qui a pour objectif la création d’une organisation internationale promouvant la stabilité et la construction d’une paix durable dans les régions instables du globe. Contrairement à l’ONU, la composition du Conseil de la paix est strictement limitée à ceux qui sont invités par Trump à y participer, comme le définit l’article 2.1 de sa charte. Autre dimension extraordinaire de cette organisation : les membres qui veulent y siéger plus de trois ans se voient obligés de verser un milliard de dollars en espèces au cours de leur première année de participation, poussant la logique transactionnelle de Trump à son maximum (ibid).
Autre fait notable : la hiérarchie des membres. Contrairement aux Nations unies qui possède un Conseil de sécurité avec des membres permanents ayant une capacité de véto, c’est ici le Président des Etats-Unis qui concentre une grande partie des pouvoirs : approbation de l’ordre du jour, organisation des réunions, invitation de certaines organisations régionales, pouvoir de création et de dissolution d’entités subsidiaires, désignation du président du Conseil, de son successeur, création de comités et sous-comités, etc.
Ironiquement, le Conseil de la paix semble vouloir imiter le Conseil de sécurité des Nations unies avec un Comité exécutif, qui sera composé de « dirigeants d’envergure mondiale » nommés par le président du Conseil (ibid).
Enfin, la Charte du Conseil de la paix n’admet aucune réserve, c’est-à-dire que les Etats signataires ne peuvent pas émettre de réserves sur tel ou tel article de la Charte qui leur déplaît.
Dans la foulée de l’annonce de la seconde phase du plan de paix à Gaza, la Maison Blanche a invité environ soixante chefs d’Etat à participer à ce Conseil de la paix. Son objectif sous-jacent est limpide : doubler l’ONU, pétrie de lenteurs et de paralysies des vétos. Il est cependant intéressant d’observer comment les invitations ont été distribuées, et comment les responsables politiques ont répondu à travers le monde.
Les pays membres invités n’ont pas été cités dans une déclaration officielle de la Maison Blanche, ou n’ont pas été invités à un sommet inaugural. Au lieu de cela, les invitations ont été envoyées par courrier le lundi 19 janvier, suscitant des réactions opposées. D’un côté, les pays souvent perçus comme étant au ban de la scène internationale se sont rués sur l’invitation du président américain. On peut citer parmi eux le hongrois Viktor Orban, l’argentin Javier Milei ou encore le biélorusse Alexandre Loukachenko. D’autres se sont permis d’émettre des réserves, comme le Canada, qui se dit prêt à rejoindre le Conseil de la paix, sans pour autant payer sa place. D’autres Etats, tels que le Brésil, la Russie et même la Chine, bien qu’ayant reçu l’invitation, ne se sont pas encore exprimés sur leurs intentions. Les diplomates européens sont également prudents sur la position à adopter, les contours juridiques de cette organisation étant toujours à l’étude. Mais cette position ne représente pas l’ensemble de l’Europe, comme l’illustre le refus net exprimé par la France et l’Allemagne d’adhérer au Conseil de la paix.
Ces réponses en demi-teinte illustrent de manière criante l’ambivalence que provoque le personnage Trump. Si certains dénoncent sa folie, d’autres préfèrent rester prudents et attendre, en espérant que la situation s’améliore. L’historienne Elisabeth Roudinesco résume parfaitement la personnalité du président : « Trump vit dans un monde qu’il fabrique lui-même, un monde qu’il veut identique à son désir de toute puissance et donc de jouissance ».
Trump tente ici une profonde refonte du système international tel que nous le connaissons depuis 1945. Bien qu’il clame que ce soit dans un but de faire la paix dans le monde, l’objectif véritable de ce coup de pied dans la fourmilière est bien plus élémentaire : l’argent. Trump est obsédé par le commerce, les deals, les affaires, bref, l’argent. Tout ce qu’il souhaite, c’est faire gagner aux Etats-Unis (et à lui et ses proches par la même occasion) une quantité astronomique d’argent. C’est ce qu’illustre par exemple la clause de paiement d’un milliard de dollars pour rejoindre le Conseil de la paix ou encore sa position pro-crypto. À ce jour, environ soixante invitations ont été invitées à des chefs d’Etat à travers le monde. Comprenons le bien : la seule invitation émise par Trump peut potentiellement faire gagner aux Etats-Unis l’équivalent du PIB du Cameroun.
La finalité de ce Conseil de la paix est de renforcer encore plus la domination américaine sur les affaires internationales. Ils imaginent désormais leur président agir comme un « président du monde », capable de trancher des litiges internationaux sans aucune remise en question. Cette réorganisation du monde ne peut se faire qu’à la condition que l’Europe s’y plie. La question de la résilience économique, stratégique et politique de l’Union importe donc plus que jamais auparavant. Les refus français et allemands d’y participer sont un bon début, mais l’Europe doit montrer un front unifié, sans quoi nous serons engloutis par la brutalisation du monde.
Léa Deseille. Droits de douane : qu'est-ce que l'instrument anti-coercition européen demandé par Emmanuel Macron pour contrer Donald Trump ? Toute l’Europe [en ligne], le 19 janvier 2026.
Zolan Kanno-Youngs, Tyler Pager, Katie Rogers, David E. Sanger. Two hours, scores of questions, 23.000 words : our interview with President Trump. New York Times [en ligne], le 11 janvier 2026.
Félix Pennel. « Un indicateur fiable d’une invasion du Groenland » ? Les États-Unis placent leur unité d’élite de l’Arctique en alerte. La Voix du Nord [en ligne], le 19 janvier 2026.
Piotr Smolar. Donald Trump choisit l’escalade commerciale contre l’Europe pour obtenir l’annexion du Groenland. Le Monde [en ligne], le 17 janvier 2026.
Conseil de sécurité des Nations Unies, résolution 2803/2025. [en ligne], le 17 novembre 2025.
Le Grand Continent. Qui est Ali Shaath, le technocrate choisi pour administrer la bande de Gaza ? [en ligne], le 16 janvier 2026.
Jacob Magid. Texte intégral : Charte du « Conseil de Paix » de Donald Trump. Times of Israël [en ligne], le 18 janvier 2026.
Claire Gatinois. Gaza : le « conseil de la paix » de Donald Trump n’enflamme pas les leaders mondiaux. Le Monde [en ligne], le 20 janvier 2026.
Glles Gressani. Donald Trump est-il totalement fou ? Elisabeth Roudinesco sur le pouvoir délirant de la Maison-Blanche. Le Grand Continent [en ligne], le 16 janvier 2026.
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