.png)
En inscrivant mes coordonnées ci-dessous, j'accepte de recevoir les dernières actualités de BARA.


Le récent vote à l’Assemblée générale des Nations unies sur la reconnaissance de l’esclavage comme le plus grand crime contre l’humanité le 25 mars 2026 a compté trois votes contre : les États-Unis d’Amérique, l’État d’Israël et l’Argentine de Javier Milei. Si le vote de ces trois nations a suscité une surprise au niveau international, il signale également une réalité géopolitique désormais connue ces dernières années.
Sous la présidence de Donald Trump, un bloc diplomatique s’est formé avec l’État d’Israël. Or, dans une logique d’alignement stratégique, celui-ci a récemment incorporé l’Argentine. Cette nation sud-américaine poursuit ainsi, depuis ces dernières années, une diplomatie fortement alignée sur les positions de Washington.
L’Argentine se montre alignée avec Washington. Le vote identique sur diverses résolutions onusiennes concernant la situation israélo-palestinienne démontre cette réalité. Par ailleurs, des retraits communs de délégations des salles plénières de l’UNESCO lors de débats sur la Palestine ces dernières années illustrent également cette logique d’une diplomatie alignée sur Washington.
Le cas argentin n’est pas anodin, mais ressemble à celui de certains États insulaires du Pacifique, connus pour voter de manière similaire aux États-Unis sur le dossier israélo-palestinien, soulevant des interrogations quant à la souveraineté diplomatique de ces nations. Toutefois, pour Buenos Aires, il semble y avoir une stratégie plus large, centrée autour d’une vision économique des relations internationales. Ainsi, Javier Milei a limogé en 2025 sa ministre des Affaires étrangères après que celle-ci a voté en faveur d’une levée du blocus sur Cuba. Une action ayant suscité des interrogations sur l'indépendance diplomatique argentine ainsi que sur sa cohérence.
D’autre part, on observe une position pro-israélienne assumée, faisant de l’Argentine une exception au sein de l’Amérique latine, région qui a eu tendance à s’affirmer en rupture avec la politique de Benjamin Netanyahu. En témoignent les discours du président colombien Gustavo Petro, qui avait qualifié de fasciste le premier Ministre Israëlien, ou encore la fermeté du Brésil, dont les autorités ont qualifié la situation à Gaza de « génocide ». Or, Milei, lui-même proche du judaïsme et premier lauréat nonn juif du Prix Genesis, a décidé de déplacer l’ambassade d’Argentine de Herzliya (Tel-Aviv) à Jérusalem en février 2024, s’inscrivant ainsi dans le sillage de la politique menée par l’administration Trump. Cette orientation s’est ensuite traduite par des votes souvent identiques à ceux de Washington au sein de l’ONU sur la question israélo-palestinienne.
Javier Milei marque une rupture historique avec ses prédécesseurs argentins. Dans l’optique d’un combat contre une bureaucratie qu’il considère comme issue de décennies de corruption politique, Milei adopte volontiers un style théâtral afin de mettre en scène sa lutte contre l’inflation et le déficit fiscal. Cette posture s’accompagne d’un repositionnement profond de la politique étrangère argentine.
En effet, Milei se définit explicitement en opposition à l’ère péroniste, marquée par une diplomatie de « troisième voie » sous l’égide de Juan Domingo Perón (Président argentin à trois reprises entre 1946 et 1974) . Celui-ci avait fait le choix de ne suivre « ni les États-Unis ni l’URSS », cherchant à préserver une autonomie nationale tout en rejetant à la fois le capitalisme libéral et le communisme.
Cette orientation s’inscrit dans la doctrine du justicialisme (ou péronisme), qui constitue le socle idéologique de la politique étrangère argentine durant une grande partie du XXe siècle. En effet, le péronisme a dominé à plusieurs reprises la vie politique argentine et, par conséquent, sa tradition diplomatique, contribuant à ancrer durablement une culture de non-alignement et d’autonomie stratégique.
Dans le contexte de la Guerre froide, le justicialisme repose sur plusieurs piliers fondamentaux :
Souveraineté politique : refus de l’alignement sur les grandes puissances et affirmation d’une autonomie décisionnelle sur la scène internationale.
Indépendance économique : volonté de contrôler les ressources nationales, de promouvoir l’industrialisation et de limiter la dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers, notamment nord-américains.
Troisième position (tercérisme) : affirmation d’une voie intermédiaire entre capitalisme libéral et communisme marxiste, pensée comme une alternative au bipolarisme mondial.
Justice sociale internationale : transposition des principes de justice sociale à l’échelle globale, avec la défense d’un rééquilibrage des rapports économiques entre pays développés et pays en développement.
Ainsi, la diplomatie péroniste visait à inscrire l’Argentine dans une posture de non-alignement actif, combinant nationalisme économique et ambition d’autonomie stratégique.
À l’inverse, la politique étrangère de Javier Milei rompt avec cet héritage en assumant un alignement plus marqué avec les puissances occidentales, en particulier les États-Unis, traduisant un changement profond de paradigme diplomatique.
Les objectifs semblent clairs. Il s’agit avant tout pour Javier Milei d’assurer un soutien économique à son pays de la part de Washington. Cherchant à sortir l’Argentine d’une crise économique majeure, le président argentin n’a cessé de multiplier les initiatives visant à rapprocher Buenos Aires de la Maison-Blanche ainsi que des acteurs privés américains.
Ce rapprochement constitue également une victoire géopolitique pour les États-Unis, qui renforcent leur influence auprès d’un partenaire du Sud global à un moment où celui-ci semblait se tourner davantage vers Pékin. Cette dynamique s’est notamment traduite par un important soutien économique américain à l’Argentine, estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars selon certaines sources, ainsi que par un appui à la modernisation des forces armées argentines. Celle-ci a notamment permis l’acquisition de chasseurs F-16, présentée par le ministre de la Défense Luis Petri comme un élément central de la stratégie de défense du pays.
De plus, l’Argentine cherche également à obtenir le soutien d’acteurs influents sur plusieurs dossiers stratégiques. La perspective de la construction d’une infrastructure américaine à Ushuaïa, l’un des principaux points d’accès à l’Antarctique, doit être comprise comme une affirmation des ambitions argentines dans cette région, considérée comme extension naturelle du territoire national argentin. En effet, les revendications territoriales de l’Argentine en Antarctique se superposent à celles du Chili et du Royaume-Uni. Bien que ces revendications aient été gelées par le système du Traité sur l’Antarctique, elles demeurent un élément structurant de la politique extérieure de Buenos Aires et ont, à plusieurs reprises, été sources de tensions diplomatiques.
Dans ce contexte, le développement d’une coopération étroite avec Washington a suscité certaines réactions régionales. Sous la présidence de Gabriel Boric, le Chili a notamment cherché à renforcer sa crédibilité comme puissance antarctique en multipliant les initiatives diplomatiques autour de ses propres points d’accès au continent austral. Cette dynamique illustre une forme de concurrence indirecte entre les deux puissances sud-américaines sur les enjeux liés à l’Antarctique.
Enfin, la question des îles Malouines demeure un enjeu majeur de la diplomatie argentine. Contrôlé par le Royaume-Uni depuis 1833 sous le nom de Falkland Islands, cet archipel continue d’être revendiqué par Buenos Aires. Dans cette perspective, le rapprochement avec Washington pourrait permettre à Javier Milei de bénéficier d’un soutien politique accru ou, à tout le moins, d’un interlocuteur susceptible d’exercer une influence sur Londres.
Toutefois, la perspective d’un retour des Malouines sous souveraineté argentine apparaît aujourd’hui peu probable. Les États-Unis entretiennent une relation stratégique privilégiée avec le Royaume-Uni et ne semblent pas considérer une remise en cause du statut actuel de l’archipel comme correspondant à leurs intérêts géopolitiques.
Ainsi, l'alignement diplomatique de Javier Milei ne relève pas uniquement d'une proximité idéologique avec les États-Unis. Il s'inscrit dans une stratégie visant à obtenir des soutiens économiques, militaires et géopolitiques pour une Argentine confrontée à de profondes difficultés internes. Reste à savoir si cette diplomatie d'alignement permettra à Buenos Aires de renforcer son influence internationale ou si elle marquera une rupture durable avec la tradition d'autonomie stratégique qui a longtemps caractérisé la politique étrangère argentine.
En Argentine, la ligne diplomatique détonante du président Javier Milei | Slate.fr
La anti-diplomacia de Javier Milei | Universidad Torcuato Di Tella
https://www.ambito.com/politica/la-diplomacia-javier-milei-y-que-paises-se-peleo-que-asumio-n6001174
Why does Brazil keep diplomatic relations with Israel despite genocide in Gaza? | Brasil de Fato
BARA permet à tous les étudiants qui le souhaitent de publier de manière simple. Il vous suffit de vous inscrire sur la page "publier avec nous" puis de nous envoyer votre travail à l'adresse contact@bara-think-tank.com en s'assurant de bien respecter chaque critère pour les différents formats.
Non ! Que cela concerne les baratins, les baragouins ou les analyses, les propos qui y sont tenus n'engagent que leurs auteurs. BARA ne souhaite en aucun cas corroborer ou infirmer ces propos, et ce, même s'ils peuvent faire l'examen d'une vérification avant leur publication.
Oui ! Pour cela, il vous suffit de nous contacter à l'adresse suivante contact@bara-think-tank.com . Vous devrez préciser en objet de votre mail "Retrait" suivi du format de votre écrit (Baratin, Baragouin ou Analyses). Votre mail devra par la suite contenir la référence exacte de la publication.
Non ! Outre la responsabilité de vos propos, publier avec nous ne fait pas de vous un membre de BARA. Vous n'avez pas non plus à publier de manière régulière. BARA offre l'opportunité d'être complètement maître de son activité, chaque étudiant peut choisir son format de publication et son rythme de publication.