This is some text inside of a div block.

La rupture Sonko-Faye, le début d’une crise politique d’ampleur au Sénégal ?

Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko au palais présidentiel de Dakar, le 16 octobre 2025, MEDIA DIVERSITY
Article publié le Jun 22, 2026
Kyrian Deram
Quatrième année à Sciences po Lille
Pour citer ce baragouin :
Kyrian Deram, "La rupture Sonko-Faye, le début d’une crise politique d’ampleur au Sénégal ? ", BARA think tank, publié le Jun 22, 2026, [https://bara-think-tank.com/baragouin/la-rupture-sonko-faye-le-debut-dune-crise-politique-dampleur-au-senegal]

Le 22 mai 2026, Ousmane Sonko, alors premier ministre sénégalais, est démis  de ses fonctions par son collaborateur de longue date : le président de la République Bassirou Diomaye Faye. Le 1er juin, le chef de l’Etat et son nouveau premier ministre Al Aminou Mohamed Lô nomment un nouveau gouvernement d’une trentaine de ministres intensifiant la rupture entre les deux figures du parti  des Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (Pastef). Comment les deux hommes qui représentaient un vent de changement pour le Sénégal ont-ils pu se déchirer menant ainsi le pays subsaharien dans une nouvelle crise politique ?  

Un état des lieux  

4 jours après son limogeage, Ousmane Sonko est élu président de l’Assemblée nationale  sénégalaise avec une large majorité de 132 députés sur les 165 sièges de l’hémicycle. Suite à  son élection, il avait déclaré qu’il n’utiliserait pas cette nouvelle position pour régler ses comptes avec le président de la République mais qu’il usera des moyens en son pouvoir pour  contrer des projets provenant de l’exécutif qui n’iraient pas dans le sens de l’intérêt général. Samedi dernier, M. Sonko a été réélu président de son parti Pastef, et cela à la quasi unanimité (589 sur 598 délégués des sections nationales). Le Pastef est incotestablement le parti le plus puissant du Sénégal et ce dernier représenté par Ousmane Sonko avait déclaré que le  gouvernement Lô serait boycotté. Toutefois, de nombreux dissidents chez les Patriotes comptent ainsi parmi les ministres du nouveau gouvernement comme Moussa Bala Fofana, ministre de l’urbanisme ou Yankhoba Diémé, ministre des forces armées. Le parti est ainsi divisé entre les « traitres » qui sont restés aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye (président d’honneur du Pastef) comme ils ont été appelés par certains délégués lors de la réunion du parti samedi dernier. Le président de l'Assemblée nationale et tête du parti avait ainsi déclaré que le Pastef avait les moyens de recourir à une motion de censure contre le  nouveau gouvernement. M. Sonko avait déclaré le lendemain de la nomination du  gouvernement que son parti allait accompagner Lô et les autres ministres et que la censure  n’était pas à l’ordre du jour. L’ancien premier ministre, en position de force à la suite de sa  réélection en tant que chef du parti, prépare le terrain pour les élections locales de 2027 et les présidentielles de 2029.  

De la fraternité à la trahison… 

Pastef fut fondé en 2014 par Ousmane Sonko mais aussi par des jeunes cadres de l’administration sénégalaise, du secteur privé, de professions libérales, des enseignants et des hommes d’affaires qui étaient inconnus et peu formés en politique. Les valeurs promues au sein du parti sont la démocratie, le travail, l’éthique, la fraternité ainsi que le panafricanisme.  Après les élections législatives de 2017 qui constituent le premier scrutin du parti de gauche, le Pastef s’est imposé comme le principal parti d’opposition sénégalais jusqu’à son arrivée au pouvoir en 2024 avec Faye comme président et Sonko comme premier ministre. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko allaient de pair, le Pastef promouvait le slogan « Faye c’est  Sonko et Sonko c’est Faye ». Néanmoins, depuis 2025, les désaccords entre les deux hommes sont devenus de plus en plus bruyants au sein de la politique sénégalaise. Le premier objet de désaccord était le sort des membres du gouvernement de l’ancien régime. Tandis que Sonko voulait absolument placer le Pastef dans toute l’administration et les institutions sénégalaises  pour retirer l’influence de Macky Sall, Faye optait pour une transition plus centrée autour du  compromis et de la patience. La question de la dette est un autre point de friction car Sonko, fidèle à sa pensée panafricaniste, refuse catégoriquement une restructuration par le Fond  Monétaire International alors que Faye la considère nécessaire. Le président de la République critiquait la personnification du parti qui était incarné par Ousmane Sonko et rappelait déjà début mai qu’il avait le pouvoir de changer de premier ministre s’il le souhaitait. M. Sonko semble vouloir confondre l’Etat et le Pastef en une seule entité. De son côté, l’ancien secrétaire général du parti s’appuie sur des technocrates et élus locaux extérieurs au parti dans  le but de créer des coalitions.  

Sonko président, juste une question de temps ?  

Ces divergences ont ainsi fait bouillir la tension entre les deux hommes où les analystes  politiques les positionne désormais comme adversaires bien que du même parti. La position de force d’Ousmane Sonko va plus loin que sa réélection en tant que tête du parti le plus  influent du Sénégal. Lors des élections présidentielles de 2024, Ousmane Sonko était tout simplement inéligible à la candidature ce qui explique celle de M. Faye. Une affaire de  diffamation ainsi qu’une non transparence sur les parrainages ayant financé la campagne  d’Ousmane Sonko avaient mené la Cour Suprême à le rendre inéligible à l’élection suprême. Pourtant, Ousmane Sonko est le visage de ce renouveau au Sénégal. Il est celui qui avait séduit la jeunesse sénégalaise en critiquant la gestion des ressources, la corruption au sein de l’État de Macky Sall et la relation franco-sénégalaise suggérant une indépendance  économique du Sénégal plus forte. Cela l’a amené à faire plus de 15% aux élections présidentielles de 2019. Son discours très dur envers les homosexuels dont il a doublé la peine de prison dans une loi passée en mars 2026 est intégré dans sa rhétorique anti-Occident car l’homosexualité serait un fléau venu d’Europe. Bassirou Diomaye Faye a toujours été dans  l’ombre d’Ousmane Sonko au sein du Pastef ce qui le désavantage auprès des sénégalais et de son parti dans la situation actuelle. Si la crise politique ne se résout pas, les deux hommes d’Etat pourraient s’opposer lors des élections des prochaines années et elles tourneraient sûrement en faveur du premier ministre déchu. 

Et maintenant ?  

Ousmane Sonko a déclaré ce lundi 8 juin : « Il n’y a pas de crise institutionnelle au Sénégal. Cette nouvelle configuration qu’il y a au Sénégal, il y en a eu partout, sans tambours ni  trompettes. Le peuple sénégalais a choisi de confier l’exécutif à quelqu’un, même si nous  savons tous grâce à qui, et le législatif à quelqu’un d’autre, ou à un autre groupe. » (RFI, 8  juin 2026). Il rappelle à Faye qu’il est le chef de l’Etat du Sénégal grâce à son action depuis  plusieurs années. Toutefois, son discours se voulant rassurant, on pourrait s’attendre à une  réelle cohabitation qui ne mènera pas au blocage de tous les projets de loi du gouvernement  Lô ou à une motion de censure. Les deux hommes devront continuer à s’entendre s’ils veulent  livrer le changement radical promis à la population sénégalaise mais le rapprochement de  Bassirou Diomaye Faye avec des politiciens de l’ère Macky Sall est une fissure qui pourrait  mener à une véritable crise multidimensionnelle au Sénégal.  

Afficher les sources