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La secrétaire de la Maison Blanche, Karoline Leavitt décrit Donald Trump comme "le seul qui pouvait sauver les vies de ces 8 magnifiques iraniennes" alors que le président américain annonçait avoir permis la libération d'iraniennes risquant la peine capitale. Entre désinformation et embellissement de la réalité, les actions américaines en Iran ont-elles vraiment pour objectif la libération des iraniennes ?

La violence envers les femmes est de plus en plus mobilisée dans les discours politiques internationaux et n’a jamais autant été instrumentalisée. Beaucoup sur les réseaux sociaux, notamment à coups de tweets sur X, clament haut et fort que les frappes israélo-américaines ont pour but de libérer les femmes iraniennes de l’oppression indiscutable du régime iranien. Mais peut-on vraiment dire que les actions américaines, bien que violant le droit international, soient pour le bien commun, notamment celui de la population iranienne ?
Finalement, qu'est-ce que ce conflit peut nous apprendre sur l’instrumentalisation politique de la défense des femmes iraniennes ?
En 2022, la mort de Mahsa Amini en détention, trois jours après avoir été brutalement arrêtée par la police des mœurs pour non-respect du port du voile, avait propulsé la question de la condition des femmes iraniennes dans la presse internationale. Sur Tiktok, le #MahsaAmini avait généré plus de 135 millions de vues en une dizaine de jours et des milliers de vidéos de jeunes femmes coupant leurs cheveux en soutien. Mais c’est avant tout sur le sol iranien que les protestations s’étaient faites entendre, notamment autour du mouvement « Femme, Vie, Liberté » avec des images de centaines de femmes brûlant leur hijab. Depuis 1979, le port du voile est obligatoire dans l’espace public en Iran. En réponse à ces protestations le régime durcit son application avec la campagne Tarheh Noor (Plan de Lumière) qui renforce les patrouilles morales dans les rues. Toute protestation ou « défiance » de l’ordre public est fortement réprimée avec des cas d’arrestations massives, menant même jusqu’à des condamnations à mort.
Un rapport d’Amnesty International datant de décembre 2023 relate l'utilisation de la violence sexuelle en Iran pour réprimer le mouvement. Celui-ci expose les témoignages de survivants de séjour dans les prisons iraniennes où nombre ont subi des viols collectifs. La violence sexuelle est institutionalisée dans la justice du régime iranien et sert à décourager les militants afin de tuer l’esprit de rebellion insufflé par le mouvement. Tout comme la menace présente de la condamnation à mort, l’objectif est d’instaurer une terreur constante et faire faiblir les protestations.
La question n’est donc pas de se demander si les femmes iraniennes sont opprimées par le régime. Il s'agit ici de questionner l'hypocrisie de l'utilisation de l'argument de la défense des femmes iraniennes pour justifier le conflit.
Justifier les frappes en Iran par la volonté de libérer les femmes iraniennes peut-être analysé comme relevant du syndrôme néocolonial du sauveur blanc. Popularisé par l’écrivain Teju Cole, ce concept décrit une dynamique dans laquelle les acteurs occidentaux se présentent comme les sauveurs de populations perçues comme incapables de se libérer par elles-mêmes.
Dans cette logique, les femmes non-occidentales sont souvent représentées comme des victimes passives qui subissent l'oppression. Cette représentation est à critiquer tant elle invisibilise les mobilisations locales mais aussi oublie les luttes internes menées depuis des années.
C’est le cas quant à la situation en Iran. Les relayeurs de la justification morale du conflit nourrissent un stéréotype qui représente les femmes iraniennes comme dépourvues d'agence politique, des victimes inactives qui subissent le régime sans s'y opposer. Et les forces occidentales sont décrites comme nécessaires afin de les libérer. Néanmoins, les femmes iraniennes sont parmi les femmes les plus éduquées de la région et les plus actives politiquement. Depuis les années 1990, elles représentent plus de la moitié des étudiants universitaires du pays. A l'inverse de leurs voisines en Arabie Saoudite, par exemple, qui n'ont obtenu le droit de vote qu'en 2015, les iraniennes peuvent voter et se présenter à des élections depuis 1963. Malgré ces avancées, l'inégalité des genres est encore fortement marquée et les femmes font face à de nombreuses difficultés qui entravent leur accès au monde de la politique ou encore du travail. Le régime iranien recule drastiquement dans ce domaine mais c'est maladroit de décrire les femmes iraniennes comme des victimes non-actives. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » est une marque de leur agence politique et leur opposition au régime qu'il est nécessaire de prendre en compte.
Benjamin Netanyahu, l’autre face de l’offensive contre l’Iran, a confié dans plusieurs adresses au peuple iranien, se battre pour sa libération et notamment pour défendre les femmes d’Iran. Dans un discours datant de juin 2025, il cite notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Zan, Zendegi, Azadi) en appelant la population iranienne a faire entendre sa voix une fois « le chemin dégagé ». Ce sont des propos particuliers provenant du Premier ministre alors que le génocide palestinien, perpétré par Israël, comptabilise plus de victimes étant des femmes ou des enfants que tout autre conflit des 20 dernières années.
De la même manière, l'utilisation de cet argument est étonnante alors que les Etats-Unis reconnaissent officiellement leur responsabilité dans le bombardement d'une école pour jeunes filles de 7 à 12 ans, dans le sud de l'Iran. Le 1er mars, l'UNESCO a qualifié de « grave violation du droit international humanitaire » la frappe américaine. Viser délibérément des cibles civiles viole les principes de la Convention de Genève qui tentent d'encadrer les conflits armés et donc s'oppose aux principes fondamentaux du droit international. Une telle conséquence à un bombardement américain soulève évidemment l'hypocrisie de l'argument de la libération des femmes iraniennes comme objectif du conflit alors que celles-ci sont sous les bombes, d'autant plus dans un contexte où les droits des femmes sont d’autant plus menacés aux États-Unis depuis l’élection de Trump au pouvoir. Une décision de la Cour suprême des États-Unis, en 2022, avait mit fin à la protection constitutionnelle fédérale du droit à l’avortement. Ces évolutions récentes fragilisent l’argument américain mis en avant du devoir de défense des femmes quand les États-Unis ne sont pas un modèle dans ce domaine.
Surtout, peut-on vraiment prendre pour sincères les appels à la libération des femmes iraniennes si ceux-ci sont poussés par des militants MAGA connus pour leur idéologie raciste et anti-féministe? Ceux-ci ne révèlent-ils pas d’une tentative d’instrumentaliser la défense des femmes iraniennes pour justifier la violation du droit international que représente les frappes israélo-américaines? Et ainsi dissimuler l’intérêt économique et impérialiste qui les encourage?
L’influence renforcée de l’Iran au Moyen-Orient à travers divers réseaux d’alliances est perçue par les États-Unis comme un facteur de déstabilisation. De ce fait, limiter les capacités militaires iraniennes est pour les États-Unis un enjeu géopolitique afin de stabiliser la région et assurer la protection de ses alliés, notamment Israël. La question du programme nucléaire iranien reste évidemment l’un des principaux points de tension. Lors du Conseil de la Paix à Washington du 19 février, Trump souligne clairement que s’assurer que l’Iran n’ait pas l’arme nucléaire est important dans la politique étrangère américaine. D’après le site de la Maison Blanche, Trump aurait mentionné l'opposition à l'arme nucléaire iranienne 74 fois, montrant que cela fait partie des objectifs trumpistes depuis même bien avant sa première présidence.
Les rivalités autour de l'Iran possèdent également une dimension économique importante, notamment car le pays dispose de certaines des plus importantes réserves mondiales de pétrole. De plus, sa position géographique à proximité du détroit d’Ormuz, qui est un point de passage maritime stratégique pour le commerce mondial énergétique, est perçu comme une menace pour les États-Unis car ceci donne un argument de poids à l’Iran dans les relations avec l’Occident.
Évidemment l’argument moral est bien plus « acceptable » dans le discours politique et permet de masquer ces intérêts-ci.
Moraliser l’intervention, en la maquillant d’une mission libératrice d’un peuple oppressé, permet de limiter la contestation et ainsi l’opposition nationale au conflit. De manière très simpliste l’opposition aux actions de Trump en Iran est ainsi forcément dépeinte d’opposition non plus à l’intervention américaine mais à la libération des femmes iraniennes. Pour la communication politique trumpiste, notamment sur les réseaux sociaux, ce déplacement sur le terrain moral fonctionne tout à fait avec les narrations simples de ce type de contenu. Ainsi, toute la complexité de la situation est effacée et le conflit se résume à la mise en avant de l'oppression subie par les femmes iraniennes, l'intervention occidentale « nécessaire » et la libération à terme des oppressées. Ce qui masque les intérêts économiques et géopolitiques américains qui sont pourtant conséquents.
Cela nourrit l’image héroïque que Trump ne cesse de chercher à mettre en avant. Il est le « défenseur de la paix » qui met fin aux conflits et le libérateur des peuples oppressés. Ceci permet d’outrepasser la violation du droit international pour l’opinion nationale américaine et surtout l’hypocrisie de son image de « défenseur de la paix » car ici il ne met pas fin à une guerre mais en déclenche une.
Et c’est bien l’opinion nationale qui compte ici. Lorsque l’idée que Trump a « libéré » les femmes iraniennes est diffusée sur les réseaux sociaux, l’objectif est de sécuriser une côte de popularité parmi les électeurs américains en vue des midterms de novembre 2026. Avec l’affaire Epstein, les scandales liés à la police ICE, la côte de popularité du président américain est à son plus bas depuis son retour au pouvoir. On peut donc comprendre que les dernières communications sur les actions américaines sont alimentées par une volonté de remonter la pente.
Finalement, la libération de ces femmes n’est pas tant l’objectif de ces actions et bien plus une parfaite justification pour faire accepter les conflits. Mais l’on pourrait argumenter que même si cela est un « faux » objectif principal, les frappes israélo-américaines permettent de l’atteindre. Cependant c’est une position qu’il faut nuancer, notamment en regardant un autre exemple d’une intervention américaine au Moyen-Orient qui était médiatisée comme visant la libération des femmes opprimées de la région.
En réponse aux attaques terroristes du 11 septembre 2001, les États-Unis lancent une invasion, sans mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU, en Afghanistan. Les Talibans refusent de livrer sans preuves Oussama Ben Laden, qui est alors basé en Afghanistan. Les États-Unis en déduisent que ceux-ci collaborent avec Al-Qaïda. De ce fait, l’objectif principal est non seulement de démanteler le réseau terroriste mais aussi de renverser le régime afghan. Pour justifier cela, un argument repris par la première Dame, Laura Bush en novembre 2001, est le lien qu’elle tire entre lutte contre le terrorisme et lutte pour les droits des femmes afghanes. Cependant, c’est un lien qui rencontre de nombreuses critiques. La philosophe indienne Gayatri Chakravorty Spivak dénonce l’instrumentalisation courante de la lutte pour les droits des femmes dans les conflits géopolitiques, cachant derrière d’autres intentions et qui à terme n’amènent pas vraiment à des progrès de ces dits-droits dans les régions concernées.
C’est le cas avec la question de l’Afghanistan. Dès que les États-Unis retirent leurs troupes en 2021, les Talibans reprennent le pouvoir et les avancées sociales des vingt dernières années s’effacent. C’est ce que critique la journaliste égyptienne Mona Eltahawy dans un article du Guardian où elle souligne une réalité récurrente: « À chaque fois qu’un pouvoir impérial proclame qu’il libère les femmes de ‘leurs’ hommes, ces hommes vont tout faire pour récupérer le contrôle sur ‘leurs’ femmes quand les envahisseurs ne sont plus là ».
La libération des femmes afghanes par les forces américaines n’a pas été atteinte et reste une utopie de la communication américaine. Rien ne laisse à penser que le cas de l’Iran sera différent si le régime iranien est renversé par la coalition israélo-américaine.
Au premier abord, il est indéniable que la chute d’un régime comme celui de l’Iran est à court terme, la marque de la fin de l’oppression iranienne des femmes de la région.
Cependant, cela ne semble être qu' une libération de forme. La sociologue Azadeh Kian, spécialiste de l'Iran, le souligne: « La chute d’un pouvoir autoritaire ne signifie pas forcément un progrès pour les droits des femmes. Au contraire, on constate régulièrement qu’après des années de guerre, les sociétés sortent profondément fragilisées et les luttes de pouvoir prennent souvent le dessus sur les combats pour l’égalité. » Pour elle, le conflit viendrait affaiblir le mouvement qui était en cours car il devient secondaire dans une situation de conflit armé.
Ainsi, même si à terme les femmes iraniennes se retrouvent libérées du régime, cela ne garantit pas qu’elles puissent assister à une prise en compte de leurs droits tant l’intérêt général sera bien plus tourné vers la réparation économique et politique du pays plutôt que l’évolution des mœurs.
Justifier une telle violation du droit international en expliquant défendre des femmes oppressées revient donc à faire de cette lutte un outil politique pour dissimuler des intérêts économiques et géopolitiques. Les propos du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, clôturent alors de manière éloquente cette réflexion: « Les droits des femmes ne doivent jamais servir de prétexte pour déclencher des guerres qui servent d'autres intérêts. Si nous croyons véritablement à la liberté des femmes iraniennes, la réponse ne peut pas être davantage de violence. »
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