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À qui pourrait réellement bénéficier un rapprochement entre l’Ukraine et la Turquie ?

Rencontres au sommet, prises de positions conciliantes, coopération accrue… l’Ukraine et la Turquie affichent depuis plusieurs semaines un rapprochement significatif dans leur relation. Ce rapprochement est d’autant plus significatif que la Turquie a toujours souhaité, conformément à sa politique d’équilibre, ne pas prendre parti dans la guerre d’agression russe en Ukraine. Face à une Ukraine en quête de partenaires, la Turquie peut-elle jouer un rôle plus décisif dans l’avenir du conflit ?

Article publié le May 18, 2026
Sebastien Masson
Troisième année à Sciences Po Strasbourg
Pour citer ce baragouin :
Sebastien Masson, "À qui pourrait réellement bénéficier un rapprochement entre l’Ukraine et la Turquie ?", BARA think tank, publié le May 18, 2026, [https://bara-think-tank.com/baragouin/a-qui-pourrait-reellement-beneficier-un-rapprochement-entre-lukraine-et-la-turquie]

L’Ukraine multiplie les actions en faveur d’un rapprochement avec la Turquie

Depuis le début du mois d’avril, l’Ukraine semble vouloir initier un rapprochement diplomatique significatif avec la Turquie. Lors de leur rencontre à Istanbul le 4 avril, Zelensky et Erdogan ont notamment discuté d’un renforcement de leur coopération en matière d’énergie et de défense. Le lendemain, Zelensky se rendait en Syrie pour sa première visite d’État depuis le changement de régime à bord d’un avion turc et accompagné par Hakan Fidan, le ministre des Affaires étrangères turc. La Turquie entretenant une relation particulièrement étroite avec le régime d’Al-Charra, Zelensky a ainsi pu renouer le dialogue avec la Syrie tout en affichant sa volonté de ne pas le faire aux dépens de la Turquie.

De même, au cours des dernières semaines, Zelensky a multiplié les déclarations favorables à la Turquie. Le 21 avril, il a déclaré que l’UE serait beaucoup plus forte si elle incluait l’Ukraine, la Norvège, le Royaume-Uni et la Turquie. Il va même jusqu’à dire que ces quatre pays « manquent » à l’UE. L’Ukraine essaie également de privilégier la Turquie comme intermédiaire en vue de potentiels pourparlers avec la Russie. Elle demandait ainsi le 22 avril à la Turquie d’accueillir une rencontre entre Zelensky et Poutine. Enfin, la Verkhovna Rada, parlement ukrainien, a déposé une proposition de loi pour reconnaître les Gagaouzes,minorité chrétienne orthodoxe et turcophone d’Ukraine qui compte environ 30 000 personnes,  comme peuple autochtone d’Ukraine. Ces propositions envers la Turquie doivent permettre à l’Ukraine de consolider un partenariat à forts enjeux.

Ce potentiel rapprochement pourrait grandement bénéficier aux deux acteurs

Pour l’Ukraine, il s’agit de consolider un partenariat diplomatique primordial, à la fois dans la perspective de négociations avec la Russie mais aussi en raison du contrôle stratégique de la Turquie sur la mer Noire via les détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Par ailleurs, la Turquie s’insère dans la stratégie ukrainienne enveloppant d’autres pays visant à développer les débouchés pour sa base industrielle et technologique de défense (BITD), en particulier dans le domaine de la lutte anti-drone où l’expertise ukrainienne s’illustre chaque jour un peu plus.

Enfin, il convient de souligner la nécessité pour l’Ukraine de consolider ses actuels partenariats et d’en conclure de nouveaux dans un contexte d’hostilité et d’instabilité dans les relations ukraino-américaines. Quant à la Turquie, elle pourrait également bénéficier de l’expertise ukrainienne, en particulier à la suite des frappes iraniennes ayant ciblé la Turquie à plusieurs reprises en dépit de leurs liens.

L’Ukraine pourrait également faciliter l’accès de la Turquie à la BITD européenne et aux marchés européens de la défense en pleine expansion. La Turquie avait notamment voulu rejoindre le programme SAFE. À ce titre, on peut notamment souligner les nombreux contrats et accords conclus par la Turquie dernièrement avec la création de LBA systems avec l’Italie, du “Strategic Partnership Framework” conclu avec le Royaume-Uni ou encore des ventes de systèmes d’armes à la Roumanie ou la Pologne.

Enfin, un rapprochement avec l’Ukraine permettrait à Ankara de contrebalancer le rapprochement entre Moscou et Téhéran ainsi que d’édulcorer l’influence de Moscou en mer Noire. En revanche, il convient de noter qu’un rapprochement entre l’Ukraine et la Turquie ne pourrait avoir lieu s’il venait à remettre en cause la politique d’équilibre que Ankara mène traditionnellement.

En revanche, ce partenariat ne bénéficierait que marginalement à l’UE tandis qu’il ferait office de nouveau camouflet pour Moscou

Pour l’Union européenne, ce rapprochement sera probablement accompagné d’un renforcement de l’interconnection entre la BITDE et la BITD turque sans pour autant qu’il puisse y avoir une véritable intégration de la Turquie dans l'architecture institutionnelle de sécurité européenne, contrairement au Royaume-Uni ou à la Norvège. Cela s’explique notamment par la proximité turque avec la Russie et avec l’Iran, la détérioration de l’État de droit en Turquie ou encore le conflit territorial qui oppose la Turquie et Chypre.

Pour ce qui est de la Russie, ce rapprochement ferait office d’un nouveau camouflet pour Poutine dont les difficultés se multiplient au Moyen-Orient. Qui plus est, la Russie souffrirait particulièrement d’une plus grande intégration entre l’Europe et la Turquie en matière de défense. Last but not least, si ce partenariat entre l’Ukraine et la Turquie venait à se concrétiser, il montrerait également que la Turquie tire les leçons de l’état actuel de la guerre en Ukraine et des difficultés de la Russie.

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